La gestion des adventices dans les cultures de la betterave évolue rapidement, notamment avec l’apparition de variétés tolérantes aux inhibiteurs d’ALS et les nouvelles contraintes réglementaires sur la réduction de la dérive. Pour éviter le développement de résistances et préserver l’efficacité des herbicides, il est essentiel d’adopter des pratiques adaptées, de surveiller attentivement les parcelles et de bien planifier les rotations culturales.
À l’occasion de ses journées techniques, l’IRBAB fait le point afin d’aider les producteurs à sécuriser leurs récoltes tout en respectant les réglementations. Essais et observations de terrain à l’appui, l’institut partage ses clés pour conjuguer efficacité et durabilité.
Les variétés tolérantes aux inhibiteurs d’ALS
Si les variétés tolérantes aux inhibiteurs d’ALS ont profondément modifié les stratégies de désherbage de la betterave, leur utilisation ne doit pas être banalisée. Ainsi, dans les schémas utilisant le Conviso One (foramsulfuron et thiencarbazone-méthyl), l’IRBAB rappelle qu’il est important d’utiliser un partenaire pour limiter les risques de développement des résistances. En effet, il y a de plus en plus d’herbicides ayant un mode d’action ALS qui sont utilisés dans les rotations. Ceux-ci peuvent, notamment être utilisés en culture de pommes de terre, de maïs, de céréales ou encore de chicorées. “Cela crée une pression de sélection sur les adventices qui deviennent de plus en plus résistantes à ce mode d’action”, explique Cyrille Crismer. “Dans le cas d’apparition de résistances, il y a de fortes chances d’arriver dans des impasses où plus aucun herbicide ne permettra de venir à bout des adventices problématiques et tolérantes aux ALS. Il est donc recommandé d’allonger les rotations et d’alterner les cultures de printemps et d’hiver pour casser le cycle des adventices”. L’IRBAB insiste aussi sur le fait que l’utilisation de la méthode Conviso ne doit pas être systématique et qu’elle ne doit être mise en œuvre que sur des parcelles problématiques.
La gestion des betteraves montées tolérantes doit aussi être bien menée pour éviter l’apparition de problématiques à large échelle. Il faut donc bien surveiller les réservoirs que sont les tas de betteraves et les parcelles menées en non-labour. “Les montées peuvent produire des graines viables qui sont résistantes aux ALS et peuvent engendrer d’autres semences résistantes”. Si des montées tolérantes sont détectées, il faut absolument les éliminer. “En cas de présence dans une parcelle de céréales, il convient d’utiliser un herbicide ayant un mode d’action non-ALS pour en venir à bout”. Une bonne surveillance est donc importante pour éviter la multiplication de betteraves sauvages tolérantes dans les parcelles.
Un désherbage efficace avec une réduction de dérive de plus de 75 %
La technique de pulvérisation est très importante pour un bon désherbage. Pour un désherbage efficace, les herbicides de contact doivent toucher directement les adventices. Néanmoins, depuis ce premier janvier 2026, il est obligatoire d’utiliser une technique permettant de réduire la dérive d’au moins 75 %. Cette réduction peut être obtenue à l’aide de buses de pulvérisation anti-dérive, mais aussi grâce à un pulvérisateur plus performant, par exemple avec assistance d’air. Dans tous les cas, le pulvérisateur utilisé devra permettre d’atteindre une réduction de la dérive d’au moins 75 %.
Face à cette situation, l’IRBAB s’est demandé si cela pourrait avoir un impact sur l’efficacité du désherbage. Il ressort d’une étude menée par les chercheurs que même avec une réduction de dérive de 90 %, l’efficacité reste acceptable si 200 l de bouillie sont appliquées par hectare avec une pression de 2 bar. De plus, l’augmentation du volume de bouillie permet d’obtenir un recouvrement légèrement supérieur. “Même avec cette nouvelle législation, une lutte efficace contre les adventices est donc possible à condition d’appliquer un volume de bouillie supérieur à 200 l/ha et de respecter la plage de pression préconisée par le constructeur”.

La phytotoxicité du mélange Centium et Venzar
Suite à l’utilisation de certains herbicides, des symptômes de phytotoxicité peuvent apparaître dans les parcelles. Par exemple, une application d’une dose pleine de Venzar (lénacile) en pré-levée peut poser des problèmes. Pour éviter l’apparition de phytotoxicité, il est recommandé de l’appliquer au maximum trois jours après le semis.
De plus, il est déconseillé de mélanger le Centium (clomazone) avec le Venzar (lénacile). En effet, cette combinaison provoque un blanchiment des feuilles de betteraves. L’IRBAB s’est donc interrogée sur l’éventuelle perte de rendement liée au blanchissement observé. Des essais ont été menés cette année et ils montrent qu’aucune différence de rendement n’est due à cette décoloration. Mais il est important de garder à l’esprit que cet essai s’est déroulé dans des conditions sèches et qu’un freinage engendrant une perte de rendement pourrait survenir lors des années humides. Il faut donc rester prudent quant à la réalisation de ce mélange.
Un nouvel herbicide
Enfin, le désherbage s’enrichit d’un nouvel herbicide. Le Wizard est un nouveau produit qui combine deux matière actives : phenmédiphame et éthofumesate. Il s’agit d’une formulation à base d’huile. Celle-ci permet une meilleure absorption des herbicides. Wizard a eu une bonne efficacité dans les essais mis en place par l’IRBAB, bien que ce produit reste relativement cher.

Informations données à titre indicatif. Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée. Consultez toujours les conditions d’utilisation sur le site Phytoweb avant d’appliquer tout produit phytopharmaceutique et respectez toutes ces conditions même si les étiquettes des produits présents sur le marché ne sont pas encore adaptées à ces nouvelles dispositions. Les distributeurs et conseillers sont priés de fournir les informations mises à jour aux utilisateurs.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

