Les haies fourragères peuvent-elles enrichir la ration des bovins tout en favorisant la biodiversité ? L’éleveur laitier biologique Jan Woudstra, installé en Frise (Pays-Bas), en est convaincu. Depuis six ans, des haies plantées autour de son exploitation offrent aux vaches feuilles, rameaux et baies en complément de leur alimentation. Une initiative qui profite aussi aux oiseaux, aux insectes et au paysage agricole.
Jan et Johanneke Woudstra gèrent ensemble une exploitation laitière biologique de 120 vaches Holstein aux Pays-Bas, en Frise. Vivant dans une région où les arbres et les arbustes sont peu nombreux, les haies fourragères plantées autour de la ferme il y a six ans constituent un ajout bienvenu dans le paysage. « Depuis que nous avons des haies fourragères, nous voyons de plus en plus d’espèces d’oiseaux venir sur nos terres. »
Planter des haies
« L’idée des haies fourragères vient de Johanneke, ma femme […]. À l’époque, j’avais besoin d’une clôture le long d’un côté d’une prairie. J’ai alors utilisé une ancienne glissière de sécurité pour réutiliser des matériaux. Ma femme m’a proposé d’installer à la place une haie. Outre la valeur paysagère d’une haie, les vaches en tirent aussi un bénéfice. Elles peuvent y consommer des feuilles, des rameaux et des baies en complément de leur ration. En même temps, on augmente la biodiversité : on crée des abris et des lieux de nidification pour les oiseaux et les insectes, et on renforce la vie du sol. Cette combinaison nous a motivés à implanter une haie fourragère. J’ai décidé de placer la haie devant la glissière de sécurité et de laisser celle-ci en place jusqu’à ce que la haie ait pris davantage de volume. »
Apport de biodiversité
« Après quelques années, la haie a tellement plu aux vaches que j’ai moi-même commencé à être très enthousiaste. Auparavant, nous n’avions que des oiseaux des prairies dans nos pâtures ; désormais, d’autres espèces d’oiseaux viennent également sur nos parcelles. Cela donne de l’espoir pour l’avenir : la nature est très résiliente […]. C’est dans une haie que l’on trouve la plus grande biodiversité. Si nous plantions davantage de haies, cela entraînerait une énorme augmentation de la biodiversité. Laissez surtout les feuilles au sol, car elles attirent de nombreux animaux et insectes. Plus il y a d’espèces différentes d’arbustes et d’arbres, et plus les périodes de floraison sont variées dans une haie, mieux c’est. »
Une source de vitamines
« Nous avons principalement implanté la haie fourragère parce que nous sommes convaincus que c’est bénéfique pour nos vaches. Une vache consomme facilement cinquante kilogrammes d’aliments par jour, donc je considère surtout la haie fourragère comme un complément précieux à la ration. »
La haie fournit des vitamines, des minéraux, des oligo-éléments et des substances végétales secondaires qui sont moins présentes dans les fourrages classiques. Ce qui m’importe surtout, c’est la diversité dans la ration et la possibilité pour les vaches de sélectionner ce dont elles ont besoin. Les vaches savent souvent très bien ce qui est bon pour elles et ce qui ne l’est pas. Dire si cela conduit réellement à moins de visites du vétérinaire, je n’oserais pas l’affirmer ; beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu, pas seulement la haie fourragère. »
Une clôture naturelle sans électricité
« Il y a un an et demi, nous avons fait tresser la haie. Je voulais qu’elle devienne une clôture efficace sans utiliser de fil électrique. C’est un ancien savoir-faire qui était utilisé avant l’apparition du fil barbelé. » Les arbres sont entaillés à la base puis couchés. L’arbre ainsi couché continue de pousser et développe de nombreuses petites branches latérales, ce qui densifie la haie. « Nous avons alors organisé un championnat national de plessage de haies, au cours duquel 22 plesseurs sont venus travailler sur notre haie avec une hache afin de pouvoir courber les arbustes et les jeunes arbres. »
Enfin, différentes essences composent la haie fourragère. « Nous avons également utilisé différentes espèces munies d’épines, comme l’aubépine, qui donnent à la haie une fonction de barrière. Si l’on plantait uniquement des saules, les vaches finiraient par la traverser en la broutant. L’année dernière, la haie a rempli à elle seule — sans la glissière de sécurité — son rôle de clôture. »
Texte : Esmee Groot Roessink · Illustration : Woudstra’s Pleats

