Les variétés de pommes de terre résistantes aux maladies et aux stress présentent de nombreux avantages, mais peinent encore à s’implanter dans nos champs. Elles représentent actuellement environ 1 % des volumes produits en conventionnel, contre 69 % en agriculture biologique. Pour favoriser leur développement, la Fiwap (Filière Wallonne de la Pomme de Terre), Biowallonie, BioForum, Bio Hauts de France et Norabio ont présenté le mémorandum Robpatat.
Celui-ci est ouvert à l’ensemble de la filière : producteurs, négociants, industriels, distributeurs, sélectionneurs, multiplicateurs, structures de recherche et autorités publiques. L’objectif est de généraliser l’utilisation des variétés robustes en s’inspirant des pratiques de l’agriculture biologique et en les transposant à l’agriculture conventionnelle.
La nécessité du développement des pommes de terre robustes
Tout d’abord, il est important de rappeler les nombreux intérêts des variétés robustes de pommes de terre. En effet, disposer de variétés adaptées au stress hydrique et qui sont tolérantes au mildiou (Phytophtora infestans) devient de plus en plus important pour pouvoir mener à bien cette culture. De plus, la réduction des intrants est également souhaitable pour un meilleur respect de l’environnement. Ainsi, le développement de nouveaux cultivars moins gourmands en eau, en azote et qui peuvent être désherbés mécaniquement devient essentiel dans le contexte actuel de changement climatique.
Une demande d’accompagnement
En amont du projet, deux enquêtes ont été menées auprès de 136 entreprises actives dans le secteur de la pomme de terre industrielle et du marché du frais. Parmi les 29 réponses récoltées, il ressort que le frein principal au développement des variétés robustes est leur méconnaissance par les industries. De plus, le marché du frais a une crainte de difficultés d’approvisionnement. Néanmoins, il ressort que la conviction est là, avec 88 % des répondants convaincus par ces variétés. Mais, il reste de la prudence, avec 80 % des répondants qui ont vécu une intégration difficile.
Ce n’est donc pas un refus, c’est une demande d’accompagnement. Concrètement, la filière est en attente d’informations techniques détaillées sur les variétés, d’une meilleure communication vers le consommateur final, d’un dialogue renforcé avec producteurs et obtenteurs et de soutien technique ou financier pour tester.
Les ambitions pour 2030
En production biologique, les variétés robustes représentent déjà 70 % des volumes commercialisés en Belgique. Cette année, en région wallonne, 69 % des parcelles de pommes de terre en agriculture biologique ont été plantées avec des variétés robustes. En 2025, cette proportion s’élevait à 54 %. La présence de variétés robustes est donc en augmentation. Mais, l’objectif est d’atteindre, d’ici 2030, 100 % de variétés robustes dans l’offre bio.
En production conventionnelle, la part des variétés robustes reste de seulement environ 1 % des volumes au champ. L’objectif, d’ici 2030, est d’amorcer une transition mesurable, avec des jalons progressifs à définir par segment en concertation avec les acteurs concernés. Pour atteindre cette vision, le mémorandum propose un plan d’action organisé autour de cinq axes stratégiques :
- Améliorer la connaissance des variétés robustes dans l’ensemble de la filière (visite de champs d’essais, fiches variétales) ;
- Sécuriser l’offre et la chaîne d’approvisionnement en variétés robustes (plants certifiés de variétés robustes) ;
- Adapter les critères de qualité et les cahiers des charges ;
- Communiquer vers le consommateur et valoriser les variétés robustes (repère visuel, animation en magasin) ;
- Soutenir et accompagner les acteurs de la transition (essais multilocaux).
Récolte des signatures
Les partenaires s’engageant dans cette dynamique vont notamment diffuser les résultats des deux enquêtes et du mémorandum auprès de leurs réseaux respectifs. Ils vont aussi poursuivre la collaboration transfrontalière pour le suivi de la mise en œuvre des actions proposées. Une participation active aux futures concertations sectorielles sur la transition variétale dans les deux filières fait également partie de l’accord.
En apposant leur signature, les organisations adhérentes déclarent :
- Avoir pris connaissance du mémorandum RobPatat et de ses cinq axes stratégiques.
- Partager la vision d’une transition variétale vers les variétés robustes de pomme de terre dans la zone France-Wallonie-Vlaanderen d’ici 2030.
- S’engager à contribuer, dans la mesure de leurs moyens, à la mise en œuvre des actions proposées dans ce mémorandum.
- Autoriser les partenaires du projet RobPatat à mentionner leur adhésion dans les communications liées au projet.
Les porteurs du projet prévoient de récolter les signatures jusqu’à la fin du mois de septembre.

Plateforme des variétés robustes
À la suite de la présentation du mémorandum Robpatat, nous avons visité la plateforme expérimentale des variétés robustes à Gembloux. “Cette plateforme est renouvelée chaque année depuis 2019. Elle est menée en agriculture biologique et a pour ambition d’évaluer la robustesse au mildiou et la résistance des variétés aux stress abiotiques dans les conditions réelles au champ. La qualité ainsi que les rendements sont d’autres critères évalués. Cette année, il n’y a pas eu de mildiou. La plateforme permet néanmoins d’évaluer le maintien des performances dans des conditions climatiques variables et d’évaluer l’efficience de l’utilisation de l’azote, un intrant coûteux et dont l’utilisation est parfois complexe”, explique Daniel Ryckmans.
Cette année, la plateforme comprend 44 variétés, dont 10 nouvelles, évaluées pour la première fois en 2026. De nombreux acteurs de la filière ont visité celle-ci fin août, ce qui souligne leur intérêt pour les variétés robustes. “Les variétés robustes ont de plus en plus d’intérêts dans un contexte de réduction de l’offre de produits phytosanitaires. Elles entrent aussi dans les projets liés à la neutralité carbone”, ont par exemple déclaré les participants.

Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

