À plusieurs endroits aux Pays-Bas et en Flandre, les pompiers ont dû intervenir ces derniers mois en raison de gaz d’ensilage dangereux provenant de silos de stockage d’herbe et de maïs. Des experts mettent en garde contre les risques. En cas de suspicion de présence de gaz d’ensilage, le conseil est clair : ne prenez aucun risque et appelez immédiatement les pompiers.
Les gaz d’ensilage se forment lors de la conservation de l’herbe et du maïs. Après la couverture d’un silo, l’oxygène disparaît et des processus biologiques et chimiques se mettent en place. Différents gaz peuvent alors se former, notamment des oxydes d’azote et du CO₂. Des gaz colorés s’échappent-ils du silo ? Dans ce cas, il est recommandé d’appeler les services de secours. Des bulles de gaz se forment-elles à la surface du silo ? Ne les percez pas pour laisser le gaz s’échapper. Cela peut être extrêmement dangereux. Appelez les pompiers.
Quels sont les gaz concernés ?
Les gaz d’ensilage les plus dangereux sont le monoxyde d’azote (NO) et du dioxyde d’azote (NO₂). Le dioxyde d’azote, en particulier, peut fortement irriter les yeux et les voies respiratoires et pénétrer profondément dans les poumons. À des concentrations élevées, l’exposition peut provoquer de graves lésions pulmonaires. Les symptômes peuvent en outre apparaître avec un certain retard.
L’organisme allemand d’assurance sociale agricole et de prévention des risques professionnels SVLFG avertit que les gaz nitreux provenant des silos couloirs peuvent être très toxiques et corrosifs. Certains gaz d’ensilage étant plus lourds que l’air, ils peuvent également s’accumuler près du sol ou dans des espaces situés en contrebas.
Stigas, le service de prévention des risques professionnels du secteur agricole, met lui aussi en garde contre les gaz d’ensilage. Le catalogue de prévention des risques professionnels consacré à l’élevage laitier et aux animaux au pâturage souligne notamment le risque de dégagement de vapeurs nitreuses corrosives au niveau des silos. En cas de suspicion de présence de gaz d’ensilage, le conseil est clair : appelez les pompiers.
Des vapeurs orange-brun
Plusieurs incidents liés aux gaz d’ensilage ont fait l’actualité ces derniers mois. Aux Pays-Bas, à Steenbergen, les pompiers locaux ont par exemple été appelés le 22 septembre auprès d’un silo autour duquel était visible un nuage allant du rouge-orange au brun rouille. Le silo se trouvait à proximité des étables. Les vaches ont donc été sorties de l’étable et du pâturage situé à proximité.
La voie publique a été fermée et les pompiers ont effectué des mesures, en concertation avec un conseiller en substances dangereuses appelé sur place. Il a été décidé de laisser le gaz se disperser. Durant les jours nécessaires à cette opération, les alentours ont été surveillés attentivement et maintenus en sécurité.
À Wingene, en Flandre-Occidentale, les pompiers sont intervenus le 21 août dans une exploitation laitière. Des gaz d’ensilage s’étaient formés sous la bâche recouvrant le silo de maïs. Des pompiers équipés de combinaisons de protection ont évacué le gaz au moyen d’un tuyau en direction d’un champ ouvert situé derrière l’exploitation.
La couleur et l’odeur ne disent pas tout
Si une coloration orange ou rouge-brun apparaît au niveau du silo, cela constitue immédiatement un signal indiquant qu’il faut appeler les pompiers. Cette couleur peut être le signe de concentrations élevées de dioxyde d’azote. C’est précisément cette coloration visible qui permet parfois d’identifier les gaz nitreux.
L’absence de vapeur colorée ne signifie toutefois en aucun cas qu’un silo est sans danger. Le dioxyde de carbone, par exemple, est incolore et inodore. D’autres gaz dangereux peuvent également être présents sans être immédiatement visibles.
Une vigilance particulière s’impose surtout peu après la mise en silo. C’est durant cette période que se produisent les processus susceptibles de générer des quantités relativement importantes de gaz.
Un risque accru cette année ?
L’institut Inagro avait déjà appelé à la vigilance en début d’année concernant les gaz d’ensilage provenant des silos de maïs. Cette mise en garde était liée aux conditions estivales que nous avons connues. Pour le maïs en particulier, la teneur en nitrates de la plante joue un rôle important dans la formation des gaz d’ensilage.
Lorsqu’une plante contient beaucoup de nitrates, ceux-ci peuvent notamment être transformés en oxydes d’azote au cours du processus d’ensilage. La sécheresse de l’année écoulée peut avoir perturbé l’assimilation de l’azote par la plante, ce qui peut entraîner une accumulation plus importante de nitrates dans le fourrage. Cela peut favoriser la formation de gaz nitreux.
Que faire en cas d’inhalation de gaz d’ensilage ?
Selon l’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement (RIVM), toute personne susceptible d’avoir inhalé des gaz d’ensilage doit immédiatement demander une assistance médicale et ne pas attendre l’apparition de symptômes.
Les symptômes possibles comprennent des difficultés respiratoires, de la toux, des douleurs thoraciques et une irritation des voies respiratoires.
La période qui suit immédiatement la mise en silo reste la phase la plus à risque. Les experts recommandent donc d’être particulièrement attentif à toute décoloration, formation de vapeurs ou autre signe pouvant indiquer la présence de gaz d’ensilage.
Texte : Gerben Hofman · Illustration : Antoine Van Houtte

