Nous avons eu l’opportunité de découvrir la plateforme de Syngenta, au cœur d’un programme riche en découvertes et en échanges. Au fil de la visite, plusieurs thématiques majeures ont été abordées : le désherbage des céréales et du maïs, la protection du froment, des pommes de terre et des oignons, la réduction de la dérive, ainsi que les solutions de biostimulation et de biocontrôle.
Cette immersion nous a également permis de découvrir en avant-première les résultats des dernières recherches menées et d’entrevoir les solutions qui façonneront l’agriculture de demain. Une occasion privilégiée de mieux comprendre les innovations en cours et les réponses proposées face aux nouveaux défis agronomiques.
Désherbage des céréales
Pour le désherbage des céréales, la difficulté croissante qu’ont les agriculteurs à obtenir des parcelles indemnes d’adventices a été évoquée d’emblée. “On remarque une évolution du désherbage dans un contexte de présence de populations d’adventices difficiles à combattre. Citons le jouet du vent, le vulpin ou encore la problématique du ray-grass”, commente Christian Walravens, Crop Advisor pour Syngenta. Au niveau de sa période, “le désherbage est maintenant surtout réalisé en automne suite à l’apparition de résistances aux ALS, aux FOPs et aux DIMs. Les semis sont réalisés de plus en plus tôt, ce qui va également dans le sens de cette pratique. Néanmoins, avec le retrait prochain du flufénacet, il sera nécessaire d’utiliser d’autres molécules. Selon nous, l’utilisation de la combinaison du prosulfocarbe et du diflufénican sera incontournable. Un autre partenaire qui permet de compléter le spectre d’action contre les ray-grass est le triallate. Ce trio prosulfocarbe, diflufénican et triallate permet d’obtenir une bonne efficacité, mais elle n’est pas encore parfaite dans certains cas. La chimie ne peut donc pas tout résoudre en ce qui concerne le désherbage des céréales”.
Face à cette situation, Syngenta rappelle que plusieurs leviers agronomiques doivent être mis en œuvre. “Ça commence par la rotation. Par exemple, dans une culture de colza, le propyzamide permet de nettoyer la parcelle”. Un second facteur d’importance est la date de semis : “Ce sont surtout les semis précoces qui sont impactés par le développement du vulpin. Dès lors, il pourrait être intéressant de préférer un semis tardif dans les parcelles confrontées à cette problématique. Le travail du sol, dont le labour a aussi un impact. Un faux-semis pour détruire les premiers vulpins est également une piste”. Le choix variétal a aussi une influence sur le désherbage : “Certaines variétés tallent plus et couvrent plus rapidement le sol. Elles peuvent donc facilement prendre le dessus sur les adventices”. Néanmoins, les experts de Syngenta sont conscients que ces leviers peuvent, dans certaines situations, être difficiles à mettre en œuvre… Mais ils deviennent de plus en plus importants dans le contexte actuel où peu de nouvelles molécules sont introduites sur le marché.
Désherbage du maïs
Nous avons également eu un aperçu des développements en ce qui concerne le désherbage du maïs. “Nous espérons mettre prochainement sur le marché une nouvelle co-formulation qui combine la mésotrione et la thiencarbazone. En outre, la gamme actuelle s’articule notamment autour du Dicamba, qui permet d’accélérer l’effet sur les adventices après le traitement de post-levée. Dans les schémas herbicides actuels, on ne voit parfois pas d’effet sur les adventices avant 8 à 10 jours. Notre solution va pouvoir ajouter un effet turbo dans le système”.
De plus, de nouvelles autorisations pour des molécules efficaces en pré-émergence sont à l’étude, notamment une formulation contenant de la thiencarbazone. “En combinant certaines molécules, il est possible d’avoir un désherbage très efficace en pré-émergence. Avec les solutions actuelles de post-émergence, le maïs peut être concurrencé par les adventices, ce qui a un effet préjudiciable sur le rendement… Et il n’est parfois pas toujours possible d’intervenir au bon moment, notamment à cause du vent. Dans certaines situations, la concurrence pour les ressources devient telle qu’on observe des pertes de rendement pouvant aller jusqu’à 30 %”. Avec ses futures solutions, Syngenta espère donc faciliter le désherbage de la culture de maïs. Les nouveaux produits devraient être disponibles pour la saison culturale 2027.

Protection fongicide du froment
En ce qui concerne la protection fongicide du froment, Syngenta rappelle qu’il faut utiliser à bon escient les derniers outils disponibles sur le marché. “Il est important d’alterner les dernières triazoles autorisées […]. Pour obtenir un spectre complet, je conseille l’association triazole, carboxamide et strobilurine”, explique Johan Antoons, Crop Advisor chez Syngenta. “Il faut travailler en alternant et en mélangeant les molécules pour les utiliser au mieux”, poursuit Christian Walravens. “Il ne faut surtout pas utiliser les mêmes produits plusieurs fois avec des doses réduites. Les fongicides multisites ont aussi un intérêt et doivent être intégrés dans les schémas. Ils permettent de limiter la pression de sélection sur les maladies”. Syngenta rappelle donc l’intérêt de l’Aquicine Duo. Il s’agit d’un fongicide multisite composé de phosphonates de potassium et de soufre. Ce produit permet de contrôler la septoriose tout en limitant la pression sur les souches moins sensibles.
En plus d’utiliser les bonnes matières actives, le positionnement des molécules a aussi une importance. “Une semaine d’écart de positionnement entre les deux traitements peut avoir un impact sur le rendement, même dans le cas d’une année à faible pression. Laisser un laps de temps trop important s’écouler entre les traitements, c’est laisser la porte ouverte aux maladies”, déclare Johan Antoons. “Il est important de respecter les délais entre les interventions pour protéger efficacement la dernière feuille. Celle-ci doit être protégée à temps. Il faut donc essayer de respecter un intervalle de trois semaines au maximum entre les traitements”, ajoute Christian Walravens. “Avec le changement climatique, les maladies font leur cycle de plus en plus rapidement […]. En quelques jours, la maladie peut avoir le temps de se développer si on ne traite pas. Pulvériser à temps, c’est donc tirer le maximum de l’investissement effectué dans les fongicides”, conclut Johan Antoons.

Ensuite, nous avons pu observer lors des essais une solution de biocontrôle développée en association avec un partenaire, qui présente pour le moment des résultats prometteurs. “Ces solutions sont encore en cours de développement, mais elles se montrent intéressantes pour le futur. Il faut néanmoins garder à l’esprit que ces innovations ne seront pas mises sur le marché rapidement. Pour le moment, il est donc requis d’utiliser intelligemment les fongicides autorisés pour ne pas casser leur efficacité”.
Lutte contre le mildiou en pommes de terre
Pour lutter contre le mildiou en pommes de terre, le conseil reste le mélange de matières actives. “C’est nécessaire pour éviter l’apparition de résistances. Bien que cela peut représenter un coût important, dans un contexte économique compliqué, il faut conserver la technique du mélange et de l’alternance des produits, tout en maintenant les doses conseillées”. Ainsi, Syngenta souligne que dans un contexte de surproduction, il faut produire de la qualité, ce qui rappelle l’importance des interventions pour lutter contre le mildiou. “Il faut commencer suffisamment tôt et rester préventif. Les quantités importantes de pluies tombées par endroit fin mai/début juin ont déjà provoqué l’apparition des premiers symptômes. Les tas de tubercules invendus peuvent aussi représenter une importante source de contamination”.
D’ailleurs, au sein de sa gamme, la firme propose deux nouvelles solutions à base de mandipropamide. Il s’agit de Pergado Pro (chlorhydrate de propamocarbe et mandipropamide) et Evagio/Pesonia Forte (amisulbrom et mandipropamide). “Ce sont deux nouveaux produits qui combinent le mandipropamide avec un partenaire. Leur but est de faciliter l’utilisation des fongicides en proposant une combinaison bien dosée dans le même contenant”.

Protection fongicide des oignons
Les oignons sont parfois confrontés à des attaques précoces et rapides en début de saison. Néanmoins, peu de matières actives sont disponibles pour lutter contre les maladies. Parmi les produits autorisés, il y a notamment les solutions Orondis Plus (oxathiapiproline) et Ortiva (azoxystrobine). “Orondis Plus n’est pas efficace sur les maladies secondaires, mais il permet de lutter contre le mildiou de l’oignon. Par contre, Ortiva a une action sur les pathogènes qui provoquent des maladies secondaires. C’est pourquoi des packs qui permettent de combiner l’efficacité des deux produits individuels sont désormais proposés”, nous explique Christian Walravens. Deux produits ont donc été ajoutés à la gamme de Syngenta : Orondis Evo qui combine l’azoxystrobine et l’oxathiapiproline en co-fomrulation et Orondis Vip combine métalaxyl-M et oxathiapiproline.
Réduction de la dérive
Lors des applications, l’usage de méthodes pour réduire la dérive est désormais une obligation légale. Pour parvenir à une réduction de 90 %, seules quelques techniques sont reconnues chez nous. Parmi celles-ci, il y a notamment les nouvelles buses 3D90 de Syngenta. “Le respect de la réduction de dérive est crucial pour l’environnement, pour l’avenir des molécules et pour l’image de la profession. En Flandres, la réduction doit être de 90 %. En ce qui concerne la Wallonie, elle doit être de 75 % et est même de 90 % pour certains produits”.
Bien que plusieurs techniques soient reconnues pour limiter la dérive, “il y a peu de buses homologuées. C’est pourquoi Syngenta a développé les buses 3D90. Il s’agit de buses orientées à 55° qui permettent une meilleure pénétration des produits dans la végétation”. Ces buses peuvent être utilisées aussi bien pour les désherbages de pré- et de post-émergence, pour les traitements anti-mildiou ou encore pour les cultures ayant des canopées denses, comme le colza ou certains légumes.

Biostimulation et biocontrôle
Enfin, Syngenta développe aussi une gamme de bio-stimulants et de bio-contrôles. Les bio-stimulants permettant d’améliorer l’efficience hydrique, de réduire le stress abiotique ou encore d’améliorer la nutrition. “Nous avons repris les activités de Valagro qui a 40 années d’expérience dans ce domaine. On extrait notamment des éléments venant des algues. En outre, des extraits de plantes et des micro-organismes comptent également parmi les composants importants de nos biostimulants. Elles sont ensuite reprises dans différents produits, comme Talete, Retrosal, Cepacet ou encore Quantis”.
Talete
Pour améliorer l’efficacité d’utilisation de l’eau des cultures, la firme a développé Talete. Ce biostimulant optimise la capacité de rétention d’eau des plantes, indépendamment de sa disponibilité dans le sol. Il entraîne notamment une régulation des stomates pour une meilleure absorption des gaz, ce qui permet à la photosynthèse de continuer de manière optimale, même entre deux irrigations. “Talete est composé d’extraits d’algues et de plantes qui ont un effet sur les processus de rétention en eau des plantes. Ce produit est commercialisé avec succès depuis quelques années dans les pays du Sud.
Ces dernières années, nous avons également testé le produit dans nos conditions. Il a notamment été testé en pommes de terre, oignons et framboises et on remarque qu’avec peu d’investissement, il permet d’apporter un gain de rendement”, explique Caroline Strypstein. Selon la firme, il permet d’améliorer le rendement de l’ordre de 5 à 10 % avec la même quantité d’eau ou permet d’obtenir le même rendement avec 15 à 20 % d’eau en moins. Le produit doit être absorbé par les racines. Il est donc conseillé de l’appliquer via le système d’irrigation ou lors d’un arrosage. Après application, il reste actif pendant 10 à 14 jours.
Retrosal
Pour répondre aux situations de stress salin, un autre biostimulant est mis sur le marché. Il s’agit de Retrosal qui a pour objectif d’améliorer la croissance des plantes sur des sols salins ou lors d’une irrigation avec une eau présentant une conductivité électrique (EC) élevée. Il aide les plantes à mieux faire face à ce type de stress en réduisant l’absorption du sodium et en augmentant la capacité de rétention d’eau. Plus précisément, il active des gènes et des voies métaboliques responsables de l’adaptation osmotique et de la production de substances qui aident la plante à tolérer le stress salin. Ainsi, il rétablit la capacité de la plante à maintenir son équilibre hydrique.

Retrosal peut notamment être utilisé lors de l’irrigation des pommes de terre, des oignons, des cultures maraîchères et des fruits. Lors de notre visite, nous avons pu constater que des traces de brûlures sur des feuilles de laitue, dues au sel, peuvent être évitées grâce à cette solution.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

