Seed@bel, la fédération belge des semenciers, a organisé une conférence de presse au cours du mois de décembre. À cette occasion, l’organisation a présenté ses missions ainsi que sa collaboration avec Varmabel. Ensemble, ces deux structures mènent les essais variétaux du maïs, une culture largement implantée en Belgique, pour laquelle le choix variétal peut s’avérer complexe pour les agriculteurs. “Avec 300 variétés disponibles en Belgique, choisir le bon cultivar s’apparente à traverser un labyrinthe”.
Seed@bel représente les sociétés semencières. Elle compte 26 sociétés membres, dont 11 sociétés dans la section maïs : Arvesta, Bayer, Jorion Philip Seeds, KWS, Lidea-seeds, Limagrain, Maisadour (MAS seeds), Pioneer, Saaten Union, Scam et Syngenta. D’un autre côté, Varmabel est responsable de la mise en place des essais maïs. Les membres de Varmabel sont des organismes publics comme le Carah, le CPL-Végémar, le Cipf, Lcv, Inagro, Hogent, Hooibeekhoeve ou encore Pibo.
La culture la plus semée en Belgique
“Le maïs est la culture la plus importante en Belgique’, a déclaré Marc Ballekens, Manager de Seed@bel. Chaque année, les agriculteurs belges implantent environ 230 000 à 240 000 ha de maïs. “Ce chiffre reste stable sur les 15 dernières années avec un pic en 2010. Il y a de fortes chances que la superficie implantée reste approximativement identique tous les ans sauf avec de gros changements liés à l’élevage. Par exemple, aux Pays-Bas, la réduction du cheptel a provoqué une diminution des surfaces de maïs de 25 %”. En ce qui concerne les rendements, on remarque une augmentation d’environ 1,2 % chaque année en raison du progrès génétique.

Le maïs est une plante polyvalente. “Cette culture fait le lien entre les cultures et l’élevage et concerne donc tous les types d’agriculteurs”. Ainsi, elle peut à la fois être une céréale vivrière, un légume avec le maïs doux, une friandise avec le pop-corn, une plante fourragère qui entre dans l’alimentation du bétail, servir de biomasse énergétique en remplaçant par exemple les carburants fossiles par de l’éthanol et être une matière première pour les industries agroalimentaires et la chimie verte.

Convention de partenariat pour les trois prochaines années
Seed@bel collabore avec Varmabel pour la mise en place des essais du réseau probatoire et du réseau de base. “Il s’agit d’un partenariat public-privé unique en Belgique, qui n’existe pas pour d’autres cultures”, nous a expliqué Marc Ballekens. Nous avons assisté à la signature de la convention de partenariat entre Seed@bel et Varmabel pour les trois prochaines années. Ainsi, ces deux organismes vont coopérer pour la mise en place des essais variétaux maïs pour les années 2026, 2027 et 2028.

Ils mettront en place plusieurs essais pour fournir des indications claires sur le potentiel agronomique des différentes variétés proposées sur le marché. “Il y a peu d’interventions phytosanitaires en cours de culture. Le choix variétal est donc fort décisif pour le résultat final. Néanmoins, avec 300 variétés disponibles en Belgique, choisir le bon cultivar s’apparente à traverser un labyrinthe”.
Le réseau probatoire teste les variétés de maïs des différentes sociétés plutôt avant leur mise sur le marché. Le réseau de base reprend, quant à lui, les variétés qui remplissent les conditions pour être inscrites au catalogue des variétés. Toutes les variétés testées dans le réseau probatoire n’arrivent pas dans le réseau de base. Il y a donc déjà une sélection à ce stade. “Ce qui est le plus important à regarder pour choisir une variété, c’est le réseau de base qui reprend essentiellement des variétés qu’il est possible d’acheter et qui présente des résultats fiables”.
260 variétés testées chaque année …
Au total, ce ne sont pas moins de 150 variétés de maïs ensilage et 111 variétés de maïs grains qui sont testées chaque année. “Certaines variétés sont néanmoins comptabilisées deux fois, car elles sont à la fois testées pour la finalité ensilage et pour la finalité grains”, nuance Marc Ballekens. Ce chiffre d’approximativement 260 variétés reste stable en fonction des années. “La mise en place des essais se fait selon un protocole établi et validé à la fois par les sociétés semencières et pas les expérimentateurs. Ce protocole a fait l’objet d’un affinement pour la saison 2026. C’est le CIPF qui coordonne la mise en place des essais réalisés par les différents centres de recherches”.
Néanmoins, toutes les variétés disponibles sur le marché belge ne sont pas testées par ce réseau. “En pratique, pour qu’une variété puisse être vendue en Belgique, elle doit être inscrite sur un catalogue européen. Il convient aussi de préciser que le réseau ne teste pas les mélanges variétaux commercialisés sur le marché. Seules des variétés pures font l’objet d’essais”. Il y aurait selon Seed@bel au total environ 300 différentes variétés proposées en Belgique.
… Avec environ 300 variétés disponibles en Belgique
Il est donc légitime de se demander pourquoi il y a tant de variétés disponibles dans un si petit pays. Cela s’explique tout d’abord par la diversité des sols présents chez nous. “Il n’y a que deux principaux types de sol aux Pays-Bas, les polders ou le sable, ce qui n’est pas du tout le cas chez nous”. En effet, la pédologie des sols varie fortement à l’échelle du territoire belge. Cela se remarque aussi par la diversité des paysages et des altitudes. “Il a des parcelles entre 0 et 694 m d’altitude”. De plus, il y a à la fois des variétés destinées à l’ensilage et aux grains qui sont semés. “Le maïs ensilage représente 78 % des superficies semées en Belgique avec 180 000 ha. Le maïs grains occupe, quant à lui, 50 000 ha. C’est beaucoup comparé aux Pays-Bas où 190 000 ha de maïs sont semés avec seulement 5 % de maïs grains. Le maïs grain est fortement utilisé chez nous. En effet, plusieurs débouchés sont présents. Il est utilisé dans l’alimentation des porcs et volailles, à des fins énergétiques (bio-éthanol) et aussi en tant qu’épis broyés”.
De plus, la Belgique se situe entre deux grands pays maïsicoles que sont la France et l’Allemagne. Ces pays voisins sont ceux qui ont les plus grandes surfaces de maïs dans l’Union Européenne. C’est aussi là que les plus grands sélectionneurs et sociétés sont implantées. Ces deux pays sont aussi des producteurs de semences. Notons également que notre royaume est situé au centre de l’Europe et que nous semons à la fois des variétés destinées aux régions du Nord ainsi que celles développées pour des climats chauds.
L’importance des répétitions
L’ensemble des essais comporte six réseaux. Une distinction est faite entre le maïs grain, le maïs ensilage hâtif et le maïs ensilage tardif. Cette distinction permet de récolter les essais à différentes dates, ce qui améliore la visualisation du potentiel réel des variétés. Étant donné que chacune de ces trois catégories fait l’objet d’essais à la fois dans le réseau probatoire et dans le réseau de base, le nombre total de réseaux s’élève à six. Tous les essais de base et probatoires ont lieu aux mêmes endroits. Cela permet de faciliter la réalisation des comparaisons statistiques.
Il y a donc un nombre important d’essais qui sont menés. “Pour les quatre réseaux du maïs ensilage, il y a huit parcelles d’essais avec à chaque fois quatre répétitions. En ce qui concerne les deux réseaux pour le maïs grain, ce sont à chaque fois sept parcelles d’essais qui sont mises en place”. On pourrait donc se demander s’il n’y a pas un excès dans le nombre d’essais menés. Cependant, il y a certains risques qui peuvent conduire au déclassement d’une parcelle d’essais. “Les problèmes liés à la sécheresse et aux dégâts des sangliers sont de plus en plus fréquents. De plus, les semences utilisées dans les essais ne sont pas traitées, ce qui conduit aussi à des dégâts provoqués par les oiseaux”. Ensuite, les répétitions restent importantes pour obtenir des résultats qui reflètent la réalité à l’échelle de l’ensemble du pays. “Un essai mis en place sur une seule parcelle et une seule année ne dit pas grand-chose sur le potentiel réel d’une variété”.
Fin des essais au sud du sillon Sambre et Meuse à partir de 2026
Enfin, les organisateurs ont annoncé lors de cette conférence la décision d’abandonner le réseau ‘sud du sillon Sambre-et-Meuse’, et ce pour plusieurs raisons. “Bien que la superficie du sud du sillon Sambre et Meuse représente 40 % de la Belgique, il n’y a que 7 % des superficies belges de maïs qui y sont présentes”.
Ce territoire s’étend sur une vaste zone et se caractérise par une forte hétérogénéité des conditions pédoclimatiques. “Les expérimentateurs doivent parcourir une distance importante entre les parcelles d’essais qui sont souvent abîmées par les sangliers, ce qui conduit souvent au déclassement des champs d’essais”. Enfin, Seed@bel et Varmabel ont aussi remarqué que depuis de nombreuses années, la majorité des meilleures variétés très précoces/précoces du réseau de base en basse et moyenne Belgique montrent quasi toujours un bon rendement en Sud Sillon Sambre et Meuse. “Ce choix n’a pas été fait de gaieté de cœur, mais nous devons faire face à la réalité du terrain. Si nous remarquons que cela est dommageable, il n’est néanmoins pas exclu de recommencer des essais dans cette région à l’avenir”, conclut Marc Ballekens.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

