Dans un contexte de changement climatique marqué par des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, la culture du maïs ensilage est confrontée à de nouveaux défis. Pour sécuriser à la fois le rendement et la qualité alimentaire, le choix de la date de semis, de la variété et de la stratégie de récolte devient déterminant.
À travers un entretien avec Bruno Jennart, Sales Manager Wallonie et nord du sillon Sambre-et-Meuse chez Limagrain, nous revenons sur l’impact de la sécheresse sur le maïs, les leviers pour préserver la valeur alimentaire de l’ensilage et les spécificités de la gamme variétale proposée par Limagrain.
Se prémunir des conséquences de la sécheresse
Les sécheresses ont de plus en plus d’impacts pour les maïsiculteurs. En effet, de longues périodes sans pluies surviennent de plus en plus fréquemment. Et elles ont un impact direct sur la disponibilité en eau durant le cycle de croissance du maïs. “Une période de sécheresse avant la floraison engendre une réduction du nombre de rangs avec moins de grains par rang. S’il fait sec pendant la floraison, il y aura moins de grains fertilisés par épis. Une période sèche après la floraison sera responsable d’avortements et les grains ne vont plus se remplir pour donner ce qu’on appelle des épis bouchonnés”, détaille Bruno Jennart. D’une manière générale, une pénurie d’eau a des conséquences sur le remplissage des épis, ce qui réduit la quantité de grains produits. Un manque d’eau peut donc provoquer une maturité anormale, voire la mort des plantes avec des pieds qui meurent sur place”. Sans oublier que des températures trop chaudes ont aussi un impact : “Une température supérieure à 35° C provoque une mauvaise fécondation et cela peut même provoquer l’absence d’épis”.
Certaines variétés ont été sélectionnées pour résister à la sécheresse et à la chaleur. C’est le cas des variétés Hydraneo proposées par Limagrain. “Ces variétés sont testées sur le terrain dans des conditions de stress depuis plus de 10 ans”. Cela permet à la firme de sélectionner des variétés adaptées à des différences climatiques plus importantes, notamment lors des moments critiques comme lors de la floraison ou lors du remplissage des épis.
Comment garantir une bonne valeur alimentaire de l’ensilage ?
Pour avoir une bonne valeur alimentaire, plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Il y a tout d’abord la teneur en matière sèche. Celle-ci est impactée par les conditions climatiques et le type de sol. “Pour jouer sur la matière sèche, les agriculteurs doivent faire le bon choix variétal et récolter au bon moment. La teneur optimale en matière sèche d’un ensilage est comprise entre 32 et 36 %. Il est important de surveiller cela pour récolter avec une teneur optimale en humidité. Une matière sèche supérieure à 40 % augmente les risques d’avoir une mauvaise conservation. Cela réduit l’appétence, la digestibilité des fibres et des parois cellulaires et provoque des problèmes de stockage, car il y a plus d’air dans le silo […]. À l’opposé, une récolte sous les 30 % de matière sèche provoque des pertes de jus au silo, et donc une perte en énergie. De plus, cela accroît le risque de développement des bactéries butyriques”. Dans les deux cas, cela provoque une baisse de la valeur alimentaire. “Il est donc important de récolter au bon moment”. Pour ce faire, il est conseillé de suivre les avis de récolte du CIPF ou faire des prélèvements pour analyse. “Pour aider les agriculteurs à planifier leur récolte au bon moment, Limagrain a aussi développé Agrility”. Il s’agit d’un outil permettant de suivre la maturation des parcelles. Celui-ci se base sur des images satellites, des données météorologiques, les caractéristiques du sol et les particularités de la variété implantée. “Agrility permet à ses utilisateurs de s’organiser en amont, notamment en réservant de manière anticipée l’ensileuse chez son entrepreneur agricole”.
De plus, un bon silo doit contenir peu de cendres brutes. Celles-ci sont souvent présentes en cas de récolte dans des conditions défavorables, ce qui est souvent le cas lors des ensilages qui ont lieu plus tard dans la saison. “Choisir des variétés précoces limite donc ce risque. Pour éviter d’introduire de la terre dans l’ensilage, il est aussi possible de couper le maïs plus haut”. Les récoltes de l’année dernière se sont déroulées dans de bonnes conditions et assez tôt en saison. Cela a permis de ne pas abîmer la structure du sol, d’implanter un couvert végétal et d’avoir peu de cendres brutes dans les silos. Néanmoins, il ne faut pas oublier les leçons de 2024 et les risques de devoir ensiler dans des conditions humides.
La teneur en amidon a, elle aussi, une importance. Elle est déterminée par la quantité de grains présents sur la parcelle. “Il faut un bon rapport de la quantité d’épis sur les plantes”. Outre le choix variétal, la date de semis a également un rôle à jouer. “Il est reconnu que la concentration en amidon est plus faible quand les semis sont plus tardifs”. Notons également que la date d’ensilage a également une incidence qu’il faut éviter de récolter trop tôt.
Une gamme variétale en deux parties
Les variétés de maïs proposées par Limagrain sont également classées selon leur valeur alimentaire. La gamme se divise en deux avec les variétés HDi et les variétés Starplus. Les variétés Starplus sont destinées aux exploitations utilisant une faible proportion de maïs ensilage dans les rations (moins de 30 % de maïs dans la ration) et aux exploitations viandeuses. Ces variétés permettent une ‘bonne’ digestibilité de l’amidon. “Les variétés Starplus ont une teneur importante en amidon qui est rapidement digestible”. Ainsi, elles contiennent de l’amidon instable qui se comporte comme un amidon d’un maïs de type denté. Beaucoup d’énergie est donc libérée dans le rumen avec ce type de variétés.
Les variétés HDi sont, quant à elles, conseillées pour les rations très riches en maïs ensilage ou composées de 50 % de maïs et 50 % d’herbe. Il s’agit de rations ayant un risque élevé de provoquer de l’acidose ruminale. “Les hybrides HDi sont plus riches en énergie et permettent une meilleure ingestion, car elles sont digérées plus rapidement”. La digestibilité des parois cellulaires des variétés HDi est plus importante. “La digestibilité des fibres est un critère génétique stable qui ne dépend que très peu des conditions climatiques […]. Elle doit être la plus haute possible. Au plus un maïs est digeste, au plus une vache va en manger. Cela augmente la capacité d’ingestion, ce qui permet d’accroître la production de lait”. De plus, leur amidon est stable, ce qui confère une meilleure ingestion des fourrages de base et une bonne digestibilité de la partie ‘tige et feuilles’.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

