Les constructeurs se retrouvent parfois dans une position délicate. Le client veut de la capacité, de la vitesse et, en même temps, préserver le sol. Il est alors possible de faire énormément de choses, mais cela a un prix. Il n’est pas rare que certains éléments de la demande initiale soient finalement abandonnés, ce qui est dommage, car le fabricant n’a alors souvent pas l’occasion de démontrer quelles techniques il peut proposer pour ménager le sol.
Il existe toutefois des utilisateurs qui maintiennent leur idée initiale, parfois après des années de réflexion. Arno Desmidt raconte ainsi l’histoire de l’acquisition de sa tonne à lisier auprès de l’entreprise Dezwaef : un tridem équipé de pneus de petit diamètre et d’un système de télégonflage. « J’ai choisi spécifiquement cette configuration parce que nous sommes actifs dans le traitement du lisier. Je voulais donc un système de télégonflage plutôt qu’un système de traction, car celui-ci pèse trop lourd et cause davantage de dégâts au champ. Grâce au télégonflage, nous pouvons entrer tôt dans l’année dans les parcelles pour épandre l’effluent sans provoquer de dommages. »
Une idée précise
Desmidt précise qu’il a consacré près d’un an à la composition de la tonne. « J’avais déjà conduit chez un voisin une tonne équipée d’un système de télégonflage, alors que nous utilisions nous-mêmes une trois-essieux sans ce système. Filip Dezwaef m’avait indiqué que quelques tonnes circulaient avec un tel équipement, mais pas beaucoup en raison du coût. Je le voulais absolument et, lorsque j’ai appris qu’il pouvait l’installer, j’ai été convaincu de le faire réaliser chez Dezwaef. Le système de télégonflage est monté par Dezwaef lui-même ; il est simple et fonctionne très bien. »
Télégonflage
Desmidt épand en priorité son propre produit et réalise également un peu de travaux agricoles à façon. L’entreprise met l’accent sur l’épandage d’effluent. « Au départ, j’ai acheté la tonne sans relevage hydraulique, mais je l’ai finalement fait installer afin de pouvoir travailler avec un injecteur en prairie. Et c’est là que l’on voit pourquoi on fait cet investissement : avec des pneus durs, on voit clairement où l’on a roulé dans l’herbe ; maintenant, ce n’est plus le cas. »
« Je roule avec des pneus BKT à 1,2 bar selon leur tableau de pression. Sur la route, je monte à environ 3,8 bar. Le gonflage prend moins de cinq minutes. Je ne démarre le compresseur que lorsque la tonne est vide. Le dégonflage prend encore moins de temps. Le choix de BKT s’explique par le fait que nous effectuons beaucoup de transport. Nous avons opté pour un pneu plus large et plus haut, en dimension 650/65R 30.5. Avec le système de télégonflage, c’est une combinaison impressionnante. La première fois que j’ai roulé avec, je suis simplement passé là où auparavant je devais m’abstenir. »

Essieu extensible et télégonflage
Dennis Brusselle est un bon ami de Desmidt. Lui aussi était à la recherche de sa cuve idéale. Bien qu’il soit allé voir celle de Desmidt, il a fait ses propres choix. Sa tonne figure actuellement parmi les plus connues du Royaume, puisque le jury de la dernière édition d’Agribex l’a récompensée.
« Nous sommes situés dans la région des polders, avec des sols argileux lourds », commence Brusselle. « La structure du sol est donc un facteur à ne pas sous-estimer. Je possède une exploitation laitière et, depuis des années, nous faisons épandre de grandes quantités de notre lisier via un système sans tonne afin de préserver le sol. Pourtant, cela faisait un moment que j’envisageais de le faire moi-même en gestion propre. Mais il me fallait alors une tonne équipée d’un injecteur large, tout en accordant l’attention nécessaire au respect du sol. »

La particularité de la tonne est qu’il s’agit en réalité d’un prototype développé pour pouvoir également travailler avec un système de tuyaux souples. « La saison prochaine, ce ne sera pas encore le cas, mais une pompe est déjà installée afin de pouvoir le faire à l’avenir. J’ai un moment envisagé un tridem avec marche en crabe, mais je ne l’ai finalement pas fait. Ce sera un deux-essieux avec des pneus VF Alliance en dimension 800/60R 32, un essieu extensible et un système de télégonflage. »
Pas de traces visibles
Brusselle a présenté son idée à plusieurs constructeurs et la plupart n’étaient pas enthousiastes, notamment en raison du coût non négligeable. « Filip Dezwaef m’a d’abord regardé avec étonnement. Mais j’y avais longuement réfléchi et je savais exactement ce que je voulais, alors j’ai persévéré. L’an dernier, j’ai épandu tout le lisier moi-même ; il est vrai que c’était très sec. Je n’ai constaté aucun dommage structurel. Même à travers du blé d’hiver, on roule sans laisser de traces. Le contraste est net lorsque l’essieu n’est pas encore déployé et que les pneus ne sont pas dégonflés. »
« J’aime fertiliser une prairie fraîchement fauchée, haute de dix à quinze centimètres. Avec l’essieu extensible, on ne voit plus le lendemain où l’on a roulé. Sans ce système, on le voit encore des semaines plus tard, et même après la fauche, cela reste visible. Je suis donc très satisfait. J’ai également choisi un injecteur de quinze mètres de large afin de réduire le nombre de passages. Je crois surtout à la combinaison des techniques pour préserver le sol. »

Texte : Seppe Deckx · Illustrations : Dezwaef et Arno Desmidt

