Le virus Shamonda-like (SHAV) a été observé pour la première fois en Europe cet été. Depuis le 6 août, 15 exploitations bovines wallonnes ont été touchées par ce virus, qui provoque notamment de la fièvre, de l’abattement, une chute de la production laitière et de la diarrhée.
Lors d’un webinaire exceptionnel organisé le 1er septembre et intitulé “Shamonda-like, virus émergent dans nos troupeaux de ruminants”, Laurent Delooz, responsable de l’Administration de la santé à l’ARSIA (Association Régionale de Santé et d’Identification Animales), a fait le point sur les connaissances dont disposent actuellement les chercheurs à propos de ce virus.
Un nouveau virus en Europe
Dès la mi-juin en Suisse, un nouveau syndrome émergent est apparu. C’est un mélange de fièvre, d’abattement, une chute de la production laitière et de la diarrhée qui a été observé chez un bovin. Un peu plus tard, le 22 juillet, la première alerte sanitaire concernant le virus Shamonda-like (SHAV) a été émise depuis la Suisse. Ce virus est alors détecté pour la première fois au niveau européen, bien qu’il s’agisse d’une maladie qui est connue depuis 1965 au Nigeria. Elle peut affecter les bovins, ovins, caprins, alpagas et les équidés.
Le 2 août, une alerte pour le Shamonda-like (SHAV) a été émise au niveau international. En Belgique, l’ARSIA a lancé l’alerte dès le 5 août. De nombreux appels ont été reçus dès le jour suivant l’émission de cette alerte concernant des suspicions. Des échantillons ont alors rapidement été pris et analysés dans le but de détecter la présence de ce nouveau virus.
Probabilité élevée d’avortements avec malformations
Ce virus est transmis par un vecteur que sont les culicoïdes. Il n’y a donc pas de transmission directe d’un animal à l’autre. “La maladie s’est dispersée rapidement depuis la Suisse grâce au vecteur qui peut parcourir jusqu’à 50 km par semaine”. La symptomatologie observée chez les individus atteints est un mélange de fièvre (plus de 40 °C) qui dure pendant un à deux jours, une chute brutale de la production laitière, une baisse d’activité et de la diarrhée. Ces épisodes durent souvent entre 14 et 21 jours dans la plupart des élevages affectés.
De plus, des anomalies congénitales peuvent apparaître chez les nouveau-nés. La maladie peut aussi provoquer des avortements chez les femelles gestantes. Heureusement, une mortalité chez les bovins et ovins adultes n’a pas encore été observée. Par contre, “il y en a déjà eu chez des chevaux, bien que la cause précise de la mort de ces animaux n’est pas formellement reliée au SHAV”. Cependant, cet orthobunyavirus à ARN, qui appartient à la même famille que le virus de Schmallenberg (SBV), n’est pas transmissible à l’Homme.
Effectuer des prélèvements dès l’apparition des symptômes
En cas de suspicion, il est important de réaliser les prélèvements dès l’apparition des symptômes, car la virémie dure peu de temps. “Si le test est réalisé après la virémie, il y a un risque d’avoir un résultat négatif, même si l’animal a été précédemment infecté”. Pour ce nouveau virus, il n’y a ni vaccin, ni traitement disponible. De plus, il n’y a pas de protection croisée avec le virus de Schmallenberg (SBV).
Si un animal est malade, il convient donc de traiter les symptômes observés pour le soulager. “L’immunité qui sera acquise naturellement pourrait assurer une protection de long terme. L’immunité naturelle pourrait permettre une protection à long terme, comme ce qui se passe dans la dynamique du virus de Schmallenberg”, explique Laurent Delooz.
Il est important de mentionner que le Shamonda-like (SHAV) n’est pas une maladie réglementée. Les mouvements des animaux, même s’ils sont positifs, peuvent avoir lieu. “Ce n’est pas une maladie réglementée et donc les mouvements et la participation aux concours sont autorisés”.
Déjà 15 exploitations bovines wallonnes infectées
Depuis le 6 août, 15 exploitations bovines wallonnes ont été infectées. Ces cas ont été confirmés par test PCR. “Il a été rapidement possible de mettre en évidence la présence du virus chez nous grâce à l’Université de Namur”, nous explique Laurent Delooz. Comme le montre la carte ci-dessous, les élevages concernés sont répartis sur l’ensemble du territoire wallon.

En Flandres, il y a eu 15 suspicions et deux cas positifs. Au Grand-Duché de Luxembourg, la situation est plus préoccupante, car ce sont 21 exploitations et 62 bovins qui ont été atteints par la maladie.
En conclusion, cette nouvelle maladie soulève encore pas mal d’interrogations. De même, de nombreuses inconnues persistent. Par exemple, le rôle éventuel de la faune sauvage ainsi que l’étendue réelle des espèces sensibles à la souche européenne sont encore des sujets à approfondir. Il convient donc de rester vigilant et de prêter une attention particulière aux avortements, prématurités, mortinatalités et malformations congénitales, tant chez les bovins que chez les petits ruminants.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte · Cartographie : ARSIA

