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Comment rendre nos élevages plus résilients ?

Alimentation Bovins Ensilage Herbe Maïs Mélangeuse Prairie Silo 2 novembre 2026

Les éleveurs wallons doivent faire face à de nombreux défis : canicules, sécheresses, hausse du prix des intrants, incertitudes géopolitiques, etc. Pour y faire face, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des systèmes d’élevage résilients. C’est autour de cette thématique que s’est tenue, début octobre, la journée technique de Ciney, organisée dans le cadre du projet Resi’Cow.

Les échanges avaient pour thème la résilience. Ce terme, de plus en plus utilisé ces derniers temps, se définit comme étant la capacité d’une exploitation à assurer les fonctions du système de manière durable face aux chocs. Ces derniers peuvent être des aléas climatiques, sociaux, économiques ou encore sanitaires. Pour pouvoir les surmonter, il faut que les élevages soient robustes et/ou capables de s’adapter et de se réinventer. Être résilient, c’est donc se rendre moins vulnérable aux variations du marché, aux contraintes politiques, aux aides, aux primes, aux aléas climatiques, aux intrants, aux énergies ou encore à la disponibilité de pièces détachées. Un système aux coûts maîtrisés et capable d’accélérer pour saisir des opportunités conjoncturelles apparaît comme étant un facteur clé de la résilience. 

Mesurer la résilience économique et environnementale

“En Wallonie, les élevages sont très diversifiés, ce qui les rend assez résilients”, explique Edouard Reding d’Elevéo. “La comptabilité de gestion est un outil pour connaître les ateliers rentables sur l’exploitation et se comparer aux autres”. 

Celle-ci peut se compléter par le bilan environnemental. Pour dresser celui-ci, il y a notamment l’outil DECiDE du CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques). Il permet de calculer un bilan environnemental à partir de la comptabilité analytique. Ce dernier ne se limite pas aux émissions directes, mais il prend aussi en compte les émissions indirectes (par exemple celles nécessaires à la production des intrants achetés), ainsi que celles dues aux transports. Cette démarche prend en compte les émissions de tous les gaz à effet de serre. Il en ressort un bilan par unité de surface ou par unité de produit. “Les exploitations extensives ont les meilleurs résultats par rapport à la surface”, explique Aurélie Noriega du CRA-W. Par opposition, “les exploitations intensives ont les meilleurs résultats par unité de produit”.

Via My@wénet, il est aussi possible d’obtenir le bilan vaches traites (pour les troupeaux laitiers) et le bilan de sortie (pour les troupeaux viandeux). Ces deux inventaires permettent de donner plusieurs informations liées à la rentabilité d’un animal sur toute sa carrière. 

Ainsi, plusieurs outils sont disponibles pour permettre de mieux connaître son exploitation. “La connaissance permet de mieux agir”. Ils permettent d’identifier ses forces et vulnérabilités et de sélectionner les actions à mener. “Il faut essayer d’optimiser les performances économiques, sa résilience et son bilan carbone”.  

Le fourrage, c’est la base !

Un second atelier proposé concernait la gestion des fourrages. Il apparaît que l’autonomie fourragère est une piste pour être plus résilient. Néanmoins, dans les situations de sécheresse, comme celle que nous connaissons actuellement, la croissance des végétaux est fortement réduite. Optimiser la production de ses parcelles tout en limitant le gaspillage sont des pistes pour maximiser l’auto-approvisionnement alimentaire de son exploitation. “Pour limiter les pertes, il faut bien tasser les silos et limiter les pertes lors de la fenaison. Limiter les pertes au stockage et à la récolte peut déjà permettre d’augmenter son stock fourrager”, nous explique Arnaud Farinelle de l’ASBL Fourrages Mieux. 

Mode de conservationPertes moyennes [%]
Teneur en matière sècheProtéines Brutes DigestiblesVEM
Séchage de foin au sol
Par beau temps20-2525-3030-35
Par temps de pluie25-3540-4545-65
Ensilage
Très bien réussi5-105-1510-15
Bien réussi10-1515-2020-25
Mal réussi25-3030-5030-50

Assurer le potentiel de production des prairies

D’une manière générale, on observe que la pousse de l’herbe a lieu principalement au printemps. “La période qui s’étend du 15 avril au 15 juin représente la moitié de la production annuelle de fourrage. En été, la pousse de l’herbe chute et peut représenter au maximum 20 % de la production annuelle, dans le cas d’une année normale. En 2026, cette partie de la production est perdue. Enfin, l’automne représente 30 % de la pousse d’herbe”. En tenant compte de cette périodicité, il est possible d’évaluer sa production fourragère et d’éventuellement prendre des mesures pour l’adapter ou recourir à des achats extérieurs.

Il faut aussi veiller à la densité du couvert végétal, aux espèces en présence et à la fertilisation. En cours de culture, la fertilisation potassique joue un rôle clé. “Le potassium régule les stomates qui ont un rôle important durant les épisodes caniculaires. Cela permet également d’avoir une bonne pérennité de la végétation”. Cet élément apparaît encore plus important que l’azote. Pour couvrir les besoins en cet élément, les légumineuses ont également un rôle à jouer. Les fabacées permettent aussi d’obtenir une meilleure autonomie azotée et protéique.

Limiter les pertes

Un autre aspect à prendre en compte concerne les pertes. “Il faut avoir des silos adaptés à l’exploitation et réaliser un bon tassage. Bien souvent, les coupettes ne sont pas bien tassées et sont donc perdues. C’est aussi une problématique des silos taupinières, où le tassement des côtés pose souvent problème”. Un autre point d’attention concerne la longueur des silos. Elle doit être adaptée au volume de la caisse d’ensilage pour ne pas avoir à tasser des couches trop hautes. “Pour adapter facilement la taille de ses silos à l’évolution du matériel ou de son exploitation, il peut être intéressant d’opter pour des blocs de béton modulaires et évolutifs. S’ils doivent être revendus, ils gardent de la valeur et il ne faut rien démolir pour adapter ses silos”, conseille Benoît Wyzen de chez Elevéo.

Un mauvais tassement des silos taupinières provoque souvent une mauvaise conservation et des pertes lors du stockage.
Un mauvais tassement des silos taupinières provoque souvent une mauvaise conservation et des pertes lors du stockage.

Lors du désilage aussi, il convient de limiter les pertes. Un conseil est l’utilisation d’outils de qualité pour le désilage afin de rendre la surface de contact la plus lisse possible. Il faut aussi avancer dans le silo d’au moins un mètre par semaine et encore plus rapidement en été, où on parle de 20 à 30 cm par jour. Selon les situations, les boules enrubannées peuvent représenter une solution pour limiter les pertes ou servir de complément à l’alimentation estivale. “Il s’agit d’un micro silo bien tassé et fermé directement dans lequel il y a peu d’oxygène. Leur qualité est souvent bonne, mais elles représentent un coût important et la gestion des plastiques est parfois complexe et coûteuse”. Sans oublier qu’il faut aussi limiter le gaspillage à l’auge en ne distribuant pas trop par rapport à la production. C’est pourquoi une bonne gestion des rations est capitale.

L’enrubannage avec une presse combinée peut représenter une solution pour limiter les pertes .
L’enrubannage avec une presse combinée peut représenter une solution pour limiter les pertes.

Le pilotage de la ration

L’alimentation est la clé de voûte d’une exploitation. En effet, elle conditionne la santé des animaux ainsi que leur productivité et donc la rentabilité de l’élevage. La base du pilotage de la ration commence par l’analyse des fourrages et la gestion des stocks. “Il faut savoir ce qu’on a en quantité et en qualité pour pouvoir être autonome et gérer ses stocks”, explique Lise Boulet du CRA-W. Ensuite, l’optimisation des rations permet d’améliorer sa rentabilité et sa marge sur le coût alimentaire. 

Pour y parvenir, deux outils numériques WALLeSmart ont été développés. Il s’agit de l’application de rationnement Rumicalc et de l’application Mélangeuse. Rumicalc permet de créer des rations pour son troupeau, de gérer ses stocks et de connaître le coût de l’alimentation par animal et par jour. Cette plateforme communique avec l’application Mélangeuse qui s’utilise lorsqu’on confectionne les rations. Elle permet de connaître les quantités des différents ingrédients à apporter selon le nombre d’animaux et leur capacité d’ingestion. “Elle calcule les quantités à mettre dans la mélangeuse pour les différents ingrédients. Il est aussi possible d’adapter la ration à la situation du moment”, explique Géry Glorieux de chez Elevéo. Ces deux nouveaux outils numériques seront disponibles d’ici la fin de l’année.

L’avantage d’une fraise désileuse est qu’elle permet de préserver le front du silo en limitant la pénétration d’air en profondeur.
Grâce à l’application Mélangeuse, les éleveurs peuvent facilement déterminer les quantités de chaque ingrédient à incorporer dans la ration, en fonction du nombre d’animaux à nourrir.

Avoir un coup d’avance grâce à la génomique 

La génomique peut aider les éleveurs à mieux orienter leurs choix lors de la sélection dans l’objectif d’améliorer le potentiel de leur troupeau. Grâce à une biopsie, il est possible de connaître le potentiel génétique d’un animal avant même d’observer ses performances et celles de sa descendance. Ainsi, le résultat du génotypage permet de connaître le potentiel de production laitière, le rendement carcasse, la fertilité, la sensibilité aux maladies ou encore la morphologie des animaux. 

Grâce à l’analyse ADN, il est même possible de réaliser des conseils d’accouplements. L’objectif est alors de faire en sorte que la génération suivante se rapproche au mieux des objectifs de l’élevage. Sur base de l’identification des points forts ou faibles des femelles, il est envisageable de choisir le meilleur taureau qui permettra d’obtenir une descendance ayant les caractéristiques souhaitées. 

La génomique apporte donc plus d’informations aux éleveurs pour prendre des décisions et faire de meilleurs accouplements. “Il s’agit d’un outil d’aide à la décision qui permet de connaître les performances des animaux dès le départ et donc de mieux anticiper”, résume Sophie Marchal d’Elevéo.

Mesurer la résilience

En résumé, cette journée nous a permis d’aborder plusieurs sujets qui permettent d’améliorer la résilience et la productivité des élevages. Le but est d’obtenir un élevage résilient avec une production efficace et rentable. Grâce à ces outils, il est envisageable de mettre en place des leviers d’actions concrets pour réduire les jours improductifs, maîtriser les coûts de production ou encore améliorer la productivité.

Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

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