L’entreprise Ernagri de Fontenelle (province de Namur) est devenue un acteur wallon de la filière bois énergie. Depuis une dizaine d’années, Etienne Ernould a créé une véritable plateforme pour le bois à vocation énergétique. Son activité est le broyage de bois pour en faire des plaquettes forestières. Pour cela, il utilise un broyeur PTH 1200 1000G de la marque italienne Pezzolato. Cette machine robuste est actionnée par un Fendt 936.
Ernagri a fait le choix de maîtriser l’ensemble de la chaîne, depuis l’achat du bois sur pied jusqu’à la livraison finale chez le client. “Mon but initial était d’acheter du bois et de vendre des plaquettes, sans proposer de prestation de broyage. Le broyage de plaquettes est un secteur avec beaucoup de concurrence. Ce que je souhaite faire, c’est avoir une véritable plateforme pour le bois énergie”.
Un besoin dans la filière biomasse
Historiquement, l’entreprise familiale était active dans les prestations de services agricoles. Face à l’évolution du secteur et à une concurrence croissante dans les travaux agricoles, Ernagri a choisi de se diversifier en développant une activité dédiée au bois énergie. “Nous avons constaté qu’il existait un réel besoin dans la filière biomasse, avec une demande en progression et un secteur encore peu structuré. À l’époque, le bois énergie était nettement moins concurrentiel que les travaux agricoles. Nous avons donc décidé d’investir en 2018 dans un broyeur de plaquettes forestières Pezzolato afin de développer une activité complémentaire et porteuse”. Ce choix stratégique marque le point de départ d’une orientation assumée vers la valorisation énergétique du bois.
Actuellement, l’entreprise est certifiée PEFC et répond aux exigences européennes RED II et RED III. “La certification du bois demande beaucoup de travail”, nous a confié Etienne Ernould. Ces cadres garantissent une gestion durable des forêts et une traçabilité complète du bois, de son exploitation jusqu’à la livraison aux clients finaux.


Valorisation du bois
L’activité de Etienne Ernould permet de valoriser des bois qui ne sont pas utilisables en scieries et ont une faible valeur pour l’industrie du bois d’œuvre. “Notre matière première se compose principalement de résidus d’exploitation, de bois malades ou en fin de vie. Nous utilisons du bois qui n’est pas valorisable autrement. Néanmoins, suite à l’augmentation de la demande, certains seraient tentés de broyer des beaux bois, ce qui n’est pas le but du jeu”. L’objectif de l’entrepreneur est en effet d’éviter toute concurrence avec les usages nobles du bois, tout en valorisant la ressource forestière de manière raisonnée.
Deux types de plaquettes
L’entreprise commercialise deux types de plaquettes : les plaquettes à usage domestique et celles à finalité industrielle. “Les plaquettes industrielles peuvent être valorisées avec un taux d’humidité plus élevé. Les installations industrielles disposent en effet d’une plus grande tolérance et sont conçues pour produire de la vapeur en continu tout au long de l’année. Il s’agit généralement de volumes importants destinés à des chaufferies de forte puissance”.
D’un autre côté, les plaquettes à usage domestique répondent à des exigences techniques plus strictes et nécessitent une granulométrie régulière. Elles sont utilisées dans des chaudières de taille plus modeste, notamment au sein de bâtiments publics ou de réseaux de chaleur locaux. “Ce sont des plaquettes dont l’humidité est limitée à 30 % maximum. Elles sont criblées afin d’éliminer les surlongueurs ainsi que les particules trop fines, appelées ‘fines’. Ce criblage permet d’éviter les blocages dans les vis d’alimentation des chaudières. Il améliore également le rendement en assurant une combustion plus performante, ce qui permet de réduire la consommation de plaquettes”.
Après broyage, les plaquettes destinées au marché domestique sont mises en séchage naturel à l’air libre. Une fois cette phase terminée, elles sont stockées sous abri afin de préserver leur qualité. Ce segment reste marqué par une saisonnalité plus prononcée, avec une demande principalement concentrée à l’approche de la période de chauffe. Les deux filières apparaissent ainsi complémentaires, chacune répondant à des besoins techniques spécifiques.


Une solution locale
De plus, les plaquettes peuvent être utilisées comme paillage dans les poulaillers et les étables ou en tant que plaquettes ornementales. Etienne Ernould propose aussi à la vente des bûchettes de bois compressé fabriquées à partir de la fine de criblage. Celles-ci sont commercialisées sous le nom ‘Les bûchettes de Fontenelle’. “Notre métier, ce n’est pas seulement produire des plaquettes, c’est de garantir un combustible fiable et constant pour que les chaufferies fonctionnent sans problèmes et tout au long de l’année”. Pour l’entreprise, la biomasse est une solution locale adaptée aux besoins des utilisateurs. “Cette solution constitue un levier concret et durable de la transition énergétique”.


Pezzolato PTH 1200 1000G
Etienne Ernould a été l’un des premiers à avoir un gros Pezzolato en Belgique. “Acheter cette marque était un pari. J’ai découvert Pezzolato quelques années avant de me lancer, à la suite d’une étude de marché. Il s’agit d’un constructeur Italien qui propose des machines robustes”.
“Ce qui est unique chez eux, c’est leur rotor plein et fermé. Cela permet d’avoir une meilleure inertie qu’avec un tambour ouvert. C’est donc moins énergivore, ce qui permet d’utiliser un tracteur de 400 ch, alors qu’une machine similaire chez les concurrents demande une puissance de 500 ch”. D’ailleurs, le broyeur est doté d’un dispositif pour lancer le mouvement du rotor. Le démarrage de la rotation est assuré par un système hydraulique et la prise de force du tracteur prend ensuite le relais. Un autre avantage du tambour fermé est la régularité des plaquettes. Ce dernier permet de maintenir la longueur de coupe des copeaux de bois fixe et constante. “Il forme des morceaux réguliers, même avec des petites branches. Il ne crée pas de morceaux trop grands ni trop petits”.
L’entrée de 1 200 mm de large permet à la machine de traiter des grumes jusqu’à 800 mm de diamètre. Le diamètre du tambour mesure quant à lui 1 000 mm. “Le Pezzolato PTH 1200 1000G était le broyeur qui avait le plus gros diamètre de rotor sur le marché”. La grue qui est montée sur le PTH 1200 1000G est une Palfinger Epsilon Q130LD. “C’est une gamme supérieure aux machines concurrentes. Je suis content d’avoir cette grue robuste, car elle a parfois du mal sur certains chantiers”. Une soufflerie hydraulique permet d’ajuster la vitesse de rotation en continu. “C’est utile pour le broyage sur la plateforme ou quand il faut charger directement dans un fond mouvant”.
Fendt 936
Le broyeur est entraîné par un Fendt 936 doté d’un poste inversé acheté spécialement pour cet usage. “Il a remplacé un Fendt 826 que nous avions précédemment. J’ai une flotte multi-marques, composée aussi de Massey Ferguson, John Deere et Fiatagri. J’ai choisi un Fendt pour son gros moteur Man et son poste inversé. Ce qui est génial, c’est que tout le poste de conduite se retourne. Le volant tourne et peut être utilisé derrière. La cabine est bien aussi. Je me suis orienté vers la série 900 pour sa polyvalence. Il est aussi possible de l’utiliser pour les travaux agricoles, ce qui est plus compliqué avec la série 1000. Le 900 est un tracteur raisonnable qui est raccord avec le gabarit de mon broyeur Pezzolato”.

En cabine, on retrouve plusieurs adaptations pour la mise en place des joysticks et des écrans de commande de la machine. “Il a fallu étudier cela pour avoir un positionnement ergonomique, qui pouvait permettre la rotation du siège et qui ne gênait pas l’utilisation du tracteur en agricole et sur la route”.
Un tridem sous le broyeur
Ce qui est aussi unique chez Pezzolato, c’est la possibilité d’avoir un tridem. Celui-ci est doté d’une suspension pneumatique et peut circuler jusqu’à 60 km/h. “Le confort routier est très bon”. L’entreprise se déplace avec son broyeur dans un rayon de 100 km autour de son centre névralgique de Fontenelle. “Le Fendt 936 qui tracte le broyeur roule à 50 km/h”. Sur le broyeur traîné de Ernagri, ce sont des pneus larges agricoles qui ont été montés pour permettre une circulation du broyeur hors des sentiers battus. “D’origine, Pezzolato propose des pneus routiers de camions. J’ai spécialement demandé de monter des Alliance en 600/50R22.5”.

De plus, plusieurs équipements optionnels sont présents sur le broyeur. Ainsi, la buse d’éjection peut être déplacée par télécommande. “Le chauffeur de la benne se charge du déplacement de la buse, ce qui facilite le travail du chauffeur du broyeur”. Les béquilles optionnelles placées au niveau du pare-chocs arrière permettent d’avoir une bonne stabilité au travail. “C’est d’autant plus important avec la suspension pneumatique”. Quelques modifications ont également été apportées sur le Pezzolato. À l’arrière, un coffre à outils ainsi qu’une attache fabriquée maison prennent place. La table de réception a été rallongée pour faciliter la manipulation des longs troncs. Une tôle de protection verticale a aussi été ajoutée à côté de la table pour faciliter le guidage des bois vers le broyeur et protéger le compartiment arrière où se trouve la centrale hydraulique.


Construction robuste
L’entrepreneur souligne la construction robuste du broyeur, conçue avec des aciers de haute résistance, notamment de l’Hardox, limitant l’usure liée aux frottements des plaquettes au niveau des zones sensibles comme les couteaux et contre-couteaux. “C’est une machine solide, conçue pour absorber les vibrations importantes générées par le broyage. La conception est vraiment un point fort. Je suis satisfait de sa qualité et de sa fiabilité”.
Cette solidité ne supprime toutefois pas l’un des principaux risques du métier : la présence de corps étrangers dans le bois. Même avec une machine très bien conçue, l’impact peut provoquer des dégâts importants. Ces incidents peuvent provoquer des dégâts au niveau des couteaux, contre-couteaux, grilles ou de la soufflerie. Ils entraînent des frais élevés et, surtout, l’arrêt immédiat du chantier. À cela s’ajoute une réalité importante : il n’existe pas de réseau de dépannage Pezzolato en Belgique. “L’usine se trouve en Italie, à environ dix heures de route. Le constructeur est réactif, mais la distance nous oblige à être autonomes. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre plusieurs jours en cas de problème. C’est pourquoi nous disposons d’un stock de pièces de rechange à l’atelier, afin de pouvoir intervenir rapidement et limiter les temps d’arrêt. Cette anticipation fait pleinement partie de notre organisation”.
L’importance des entretiens
En ce qui concerne la maintenance, un graissage du broyeur doit être effectué toutes les 40 heures. “Lors du graissage, on fait le tour complet de la machine, on ouvre les capots et on vérifie qu’il n’y a pas de problème particulier. C’est aussi pour cette raison que je n’ai pas choisi l’option du graissage centralisé : cela m’oblige à contrôler régulièrement l’ensemble du broyeur.” Au-delà de ces opérations régulières, un broyeur à plaquettes nécessite une maintenance plus approfondie après un à deux jours de broyage, selon la qualité du bois travaillé. “Tout dépend de la qualité du bois…”.
Ces opérations représentent en moyenne une demi-journée de travail. Elles comprennent le remplacement ou l’affûtage des couteaux, la vérification des contre-couteaux ainsi qu’un nettoyage complet du broyeur à l’air comprimé. “C’est une étape indispensable pour maintenir la qualité de coupe et préserver les performances de la machine”. Pour adapter le calibre des plaquettes, il est nécessaire d’inter-changer les grilles. “Un treuil monté directement sur le broyeur permet de les démonter et de les repositionner seul, ce qui facilite grandement l’opération”.


Grue Hyundai
Récemment, une grue Hyundai a rejoint la flotte de l’entreprise. “Nous avons acheté une grue Hyundai 15 T compacte, une cisaille d’abattage et un grappin, ainsi qu’une benne pour la manutention des bois sur la plate-forme. Cette machine est légère et dispose d’un train de chenilles larges pour éviter les tassements et respecter les sols. J’ai choisi un modèle compact pour l’aspect pratique. Il est souvent nécessaire de travailler où il y a peu de place”.


Logistique et main-d’œuvre
Un des défis auquel l’entreprise est confrontée concerne la coordination des chantiers. “Sur un chantier, on ne peut se permettre de faire attendre les camions, car on doit alors payer des heures d’attente”. Cela demande donc une bonne organisation logistique. “Je travaille avec des transporteurs sous-traitants qui sont habitués à prévoir la logistique”.

Enfin, Ernagri souhaite se développer, mais fait face à un manque de personnel. Pour étendre ses activités, l’entreprise a également besoin d’investir dans les ressources humaines. Elle est actuellement à la recherche de profils polyvalents et capables d’évoluer dans une activité fortement ancrée sur le terrain.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte et Ernagri

