La Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA) et le programme européen Sustainable European Beef (SEUB) ont organisé, fin octobre, une conférence consacrée à la durabilité de l’élevage bovin. Au cours de cette soirée, des experts et des éleveurs ont croisé leurs regards sur cette thématique.
On parle fréquemment des externalités négatives de l’élevage, mais on oublie souvent les aspects positifs que peut apporter cette activité pour l’environnement. Pensons au stockage du carbone dans les sols, grâce notamment aux prairies, à l’apport de biodiversité ou encore à la lutte contre l’érosion. Sans oublier qu’il est reconnu que les bovins produisent plus de protéines valorisables dans l’alimentation humaine qu’ils n’en consomment.
Satisfaire les besoins des générations actuelles et futures
La durabilité se définit comme étant un modèle agricole qui satisfait les besoins des générations actuelles et futures, tout en préservant l’environnement et en garantissant l’équité sociale et économique. Elle se compose de trois piliers : l’économique, l’environnement et le social. Certains en définissent même un quatrième qui est la gouvernance de la chaîne de valeur. Tous ces piliers doivent être imbriqués pour être cohérent. “Une exploitation doit être rentable, viable économiquement et socialement tout en restant transmissible à la génération suivante”.
La résilience fait donc pleinement partie de la durabilité. “Il faut être en capacité de se remettre en question pour apprendre et s’améliorer”, explique Éric Froidmont, Directeur scientifique de l’unité Agriculture et Durabilité au CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques).

Une évaluation complexe
Évaluer la durabilité est une tâche qui n’est pas aisée. Il est possible d’utiliser des indicateurs chiffrés, mais ils ne reflètent pas toujours la réalité. D’autres aspects de la durabilité sont difficilement quantifiables, comme par exemple l’aspect sociétal. Quoi qu’il en soit, il existe plusieurs outils, dont le moniteur de la durabilité Belbeef. Il y aussi la plateforme DECiDE du CRA-W (Centre Wallon de Recherches Agronomiques). Cette dernière permet de calculer un bilan environnemental à partir de la comptabilité analytique. Elle ne se limite pas aux émissions directes de la ferme, mais elle comprend également les émissions indirectes.
Le résultat exprime les émissions selon les quantités produites (par Kg de viande produite) ou par unité de surface (par hectare). “Il est difficile d’être bon dans les deux. Mais les agriculteurs qui ont une bonne technicité y parviennent […]. Il est envisageable de limiter ses émissions de carbone grâce à l’alimentation, à la réduction des phases de vie improductives et à une meilleure gestion des engrais. Pensons à l’utilisation de techniques d’épandage des engrais de fermes qui limitent les pertes et à la réduction des achats d’intrants minéraux”.

Améliorer son autonomie et la génétique
Sans oublier que limiter ces pertes et produire au sein de son exploitation l’alimentation destinée à ses bovins sont d’autres leviers pour accroître sa résilience et sa durabilité. Pour atteindre l’autonomie fourragère, Maxime Albanese, éleveur bovin à la Ferme de Romont (à Modave en province de Liège), implante des intercultures qu’il récolte pour l’alimentation de son troupeau. Il valorise également les fanes de pois et les bandes enherbées de ses voisins. “J’ai ainsi pu remplacer les concentrés par des méteils et de l’herbe”.
Un autre point d’amélioration concerne la génétique. Avoir des animaux plus productifs, qui ont une durée de vie plus courte et un intervalle entre les vêlages réduit peut également permettre d’augmenter la résilience de sa ferme. “Il existe une grande variabilité génétique entre les animaux, surtout au sein de la race Blanc Bleu Belge. Certaines bêtes valorisent mieux l’alimentation que d’autres. Il y a donc une marge de progression possible, et c’est quelque chose de positif”.
Vendre mieux à la place de produire plus
Une autre piste abordée est qu’il est possible de mieux vendre ses productions au lieu d’en produire plus. “Sur ma ferme, j’ai sécurisé les débouchés en ayant une relation de confiance avec ma clientèle. Elle me fait aussi part de ses demandes spécifiques auxquelles j’essaye de répondre”, nous explique Maxime Albanese.
Passer par une commercialisation en vente directe ou via une coopérative d’achats permet également d’atteindre une meilleure valorisation économique. “Cela permet aussi d’avoir une meilleure visibilité sur les prix et le rapport entre l’offre et la demande. Il y a une meilleure transparence avec moins d’acteurs intermédiaires. Cela permet d’avoir plus de marge et donc un revenu plus conséquent”, nous confie Antoine Collin, Vice-président de la FJA et éleveur bovin. “Travailler ensemble en coopérative permet d’avoir plus de poids et donc d’intéresser de plus gros acheteurs. C’est une collaboration pour avoir un accès au marché et sécuriser l’approvisionnement des acheteurs, tout en valorisant des produits de qualité”.
Texte: Antoine Van Houtte · Illustrations : Antoine Van Houtte et Seppe Deckx

