Bien gérées, les repousses constituent un couvert spontané particulièrement efficace pour limiter les pertes de nitrates entre le colza et le blé. Après la récolte du colza, la minéralisation du sol et des résidus de colza se poursuit durant l’été. Les repousses de colza peuvent remplir le rôle de CIPAN. Elles sont potentiellement très efficaces pour limiter les risques de lixiviation.
Le risque de transfert des nitrates vers les nappes n’est pas lié à une mauvaise pratique isolée, mais à une combinaison de facteurs : minéralisation après colza, faible absorption du blé à l’automne et conditions pédoclimatiques. Il augmente lorsque le reliquat d’azote post-récolte est élevé. C’est le cas lorsque le calcul de la fertilisation du colza repose sur un objectif de rendement qui ne se concrétise finalement pas.
Favoriser une levée rapide et homogène des repousses
La gestion de l’interculture poursuit plusieurs objectifs. Levée rapide, biomasse suffisante et maintien prolongé des repousses sont les trois conditions pour maximiser leur efficacité.
Si les conditions de sol permettent une levée rapide, laissez faire les choses, sans intervention mécanique. Sinon, dès la récolte, il est possible de privilégier un déchaumage très superficiel (5 cm maximum). Un rappuyage améliore le contact terre-graine et valorise mieux les premières pluies pour germer.
Cette année, les sols très secs risquent de retarder les levées de repousses. Un déchaumage superficiel et rappuyé, réalisé après récolte pourrait être une stratégie plus favorable. En revanche, un premier travail du sol profond ou reporté quelques semaines plus tard sur un sol toujours sec sera généralement peu efficace. De même, après une première vague de germination, il est peu probable que de nouvelles germinations soient enclenchées durant l’été.
Maintenir les repousses suffisamment longtemps
Tant qu’elles restent vivantes, les repousses prélèvent les nitrates présents dans le profil du sol et les stockent dans leur biomasse. En France, les suivis réalisés sur plusieurs dispositifs expérimentaux, notamment dans les bassins d’alimentation de captage de l’Eure, montrent qu’un maintien de plus de 4 semaines réduit les quantités d’azote dans les horizons profonds, les plus exposés au risque de lixiviation. Les références de Terres Inovia montrent que des repousses maintenues environ deux mois peuvent réduire d’environ 50 % le lessivage des nitrates entre septembre et décembre, correspondant à près de 30 unités d’azote préservées, dans les conditions testées.
Les erreurs à éviter
- Travailler le sol trop profondément après récolte : le labour ou un déchaumage profond enfouissent les graines, favorisent leur dormance et entretiennent un stock semencier susceptible de produire des repousses indésirables pendant plusieurs années.
- Détruire les repousses trop tôt : l’objectif est de conserver l’azote dans une biomasse vivante le plus longtemps possible avant le début du drainage hivernal. Une destruction précoce met fin à ce stockage. Les résidus commencent alors à se décomposer et remettent progressivement en circulation l’azote qu’ils ont capté, réduisant ainsi l’effet de ‘pompe à nitrates’.
- Sacrifier des repousses efficaces au profit d’un faux-semis incertain : lors des étés secs, les levées de graminées restent souvent limitées malgré les faux-semis. Interrompre une bonne dynamique de repousses déjà installée dans l’espoir de faire lever des ray-grass peut conduire à perdre un levier efficace de réduction du risque nitrate, sans réel bénéfice sur la gestion des adventices.
Source : Terres Inovia

