Face aux défis croissants liés aux résistances des adventices et au durcissement du cadre réglementaire, les firmes phytopharmaceutiques redoublent d’efforts pour développer de nouvelles solutions. Corteva Agriscience s’inscrit dans cette dynamique en développant des alternatives pour le désherbage des betteraves, chicorées, céréales et du colza.
Nous avons eu l’occasion de découvrir les parcelles d’essais de la firme Corteva Agriscience. À l’ordre du jour, trois thématiques principales : le lancement d’un nouvel herbicide pour betteraves, l’intégration du Viballa dans les schémas de désherbage des chicorées et la lutte contre les repousses de chicorées dans les céréales. Le désherbage du colza et des céréales a, lui aussi, été abordé lors de notre visite.
Nouvel herbicide en betteraves
Pour la campagne prochaine, un nouvel herbicide de Corteva Agriscience sera comercialisé en betteraves fourragères et sucrières. Il s’agit de Rinpode, contenant 25 g/l de l’hormone auxinique florpyrauxifen-benzyl. “Il s’agit d’une hormone similaire à Arylex déjà autorisée en céréales”, commente Luc Looze, regional sales marketing manager chez Corteva Agriscience. “L’avantage est qu’il s’agit d’une nouvelle matière active et que la dose appliquée est très faible. L’usage de cette hormone respecte donc les exigences environnementales”.
Un de ses atouts est son efficacité sur les chénopodes. “C’est une adventice problématique qui peut présenter une résistance à certains herbicides à base de triazine. L’utilisation répétée de l’atrazine en maïs a provoqué cette situation. Des résistances croisées avec d’autres molécules compliquent l’élimination des chénopodes en betteraves. Le nouvel herbicide Rinpode permet de lutter efficacement contre les chénopodes résistants dans les betteraves. D’autres adventices peuvent aussi être combattues par ce produit, dont les ombellifères (aethusa, grande ciguë) et les mercuriales”.
Cet herbicide auxinique a un effet foliaire et systémique. Son action est donc indépendante de l’humidité du sol. “Elle provoque des modifications auxiniques avec une élongation et déformation des cellules des chénopodes. Des craquelures apparaissent à la base de la tige. Elles vont provoquer un arrêt de croissance et une destruction des chénopodes”.

Fractionnement
D’un point de vue pratique, le florpyrauxifen-benzyl est utilisable dès 4°c et jusqu’à 25°c, ce qui le rend souple d’usage. “Pour obtenir la meilleure efficacité, les chénopodes doivent avoir au maximum 4-6 feuilles”. L’herbicide peut être appliqué depuis le stade des cotylédons étalés horizontalement de la betterave, jusqu’au stade 9 feuilles étalées (BBCH 10-19).
Il est sélectif pour les betteraves, mais il peut montrer ses limites dans les stades tardifs de la culture. “Les levées irrégulières ne posent pas de problèmes. Par contre, s’il est utilisé assez tard, il y a des risques de déformations sur les betteraves”. D’ailleurs, la dose conseillée est de 80 ml/ha avec un fractionnement en 3 ou 4 apports pour limiter les effets auxiniques sur les betteraves. “Dans certaines conditions, comme des fortes variations météorologiques, une phytotoxicité temporaire peut apparaître sur la culture. Les déformations auxiniques sont un allongement des pétioles qui n’impactent pas le rendement final. Il est donc conseillé de l’apporter en 4 fractions, à raison de 20 ml/ha chacune. Ce fractionnement permet également de contrôler les nouvelles levées d’adventices”.
Un produit à associer
Le Rinpode s’intègre à la fois dans les schémas de protection classiques ou dans le système Conviso Smart. Les faiblesses de cet herbicide concernent les renouées, les camomilles, le séneçon ou encore l’arroche étalée. “Son usage en combinaison avec le clomazone ou le lénacile permet de lutter contre la plupart des adventices présentes dans les parcelles de betteraves”. En l’associant dans les schémas, il permet donc l’apport d’un effet supplémentaire dans le désherbage des betteraves. “En Europe, des chénopodes tolérants aux ALS ont déjà été observés ce qui pourrait pénaliser le système Conviso Smart dans les années à venir. L’avantage du Rinpode, c’est qu’il ne s’agit pas d’un herbicide ALS et il pourra alors continuer d’apporter un avantage dans les schémas herbicides”.
Dans la pratique, le produit peut être mélangé dans la même bouillie que les autres herbicides, à l’exception des anti-graminées. “Certains anti-graminées contiennent beaucoup d’adjuvants qui peuvent booster l’effet des auxines. Il est donc préférable de respecter un délai de 48 h après application d’anti-graminées pour pulvériser du Rinpode. Par contre, l’association avec le Matrigon (clopyralid), qui est une autre hormone ne pose pas de soucis”.
Un remplaçant et un partenaire du phenmédiphame
Notons aussi que l’avenir du phenmédiphame est compromis. L’agréation de ce produit sera bientôt revue et il est probable que la dose autorisée sera réduite et il pourrait même être retiré du marché. “Le Rinpode utilisé en mélange avec le phenmédiphame permet d’atteindre 95 % d’efficacité sur les mercuriales et les repousses de colza. De plus, ce produit a un comportement différent car il ne détruit pas la cuticule des feuilles de betteraves. Il protège donc la culture contre le blanchiment des feuilles dûes à l’application de clomazone. En utilisant le Rinpode à la place du phenmédiphame, il est donc possible d’adapter les doses de Centium”.
D’une manière générale, en pré-émergence, il est conseillé de traiter avec de la métamitrone pour lutter contre la camomille. “Il n’y a ensuite aucun herbicide qui permet de la détruire”. Pour les applications de post-émergence, des associations de Rinpode avec phenmédiphame, éthofumesate et métamitrone permettent d’obtenir de bons résultats. Pour la rémanence, l’application de clomazone et de diméthénamide-p à la fermeture des lignes est conseillée”. Enfin, le biostimulant Kinsidro Grow + ne peut être appliqué que deux fois dans le schéma herbicide. “C’est un stimulateur de croissance à base d’acides fulviques et humiques et d’oligoéléments. Il booste l’effet des herbicides, mais s’il est trop présent, il peut provoquer une baisse de sélectivité”.

Désherbage de la chicorée
Après avoir parlé du désherbage des betteraves, nous nous dirigeons vers les chicorées. Il ressort des essais de désherbage que l’incorporation de pré-semis a toute son importance pour obtenir une maîtrise suffisante des adventices. “Les modalités où il y a uniquement eu des interventions en post-émergence ne donnent pas de résultats suffisants”.
Le conseil reste donc l’incorporation de Boa (penoxsulame), Stomp Aqua (pendiméthaline) et Avadex (triallate) en pré-semis en complément des interventions de post-semis et post-émergence. Lors des semis de 2025, la dose de Boa conseillé en incorporation était de 375 ml/ha. “Celle-ci a été réduite à 325 ml/ha, car l’herbicide était parfois trop agressif dans certains types de sol”. La qualité de l’incorporation a aussi toute son importance : “Il y a parfois des échecs des désherbages suite à de mauvaises incorporations. Il est conseillé d’utiliser un vibroculteur pour incorporer les produits de manière homogène sur une profondeur de 5 à 8 cm”.
L’avenir de certains herbicides menacé
En ce qui concerne les herbicides utilisés, plusieurs changements sont attendus dans le futur. Le Kerb (propyzamide), sera bientôt révisé au niveau européen. Cette révision risque de conduire à une réduction de la dose autorisée. Pour le Titus (rimsulfuron), “nous souhaitons que les utilisateurs puissent utiliser une dose plus importante, pour améliorer le contrôle des laiterons et séneçons. Il serait aussi intéressant de réduire le délai entre les traitements en passant de 10 jours à 7 jours”. De plus, le Boa étant considéré comme PFAS, son avenir est incertain.
Un nouvel outil pour lutter contre les chénopodes
Enfin, Corteva Agriscience a introduit sur le marché ce printemps Viballa (halauxifène-méthyl). “Il s’agit d’une hormone qui apporte un plus dans le schéma tout en restant sélectif. Il permet de lutter contre les chénopodes en post-émergence et freine les repousses de pommes de terre. Cette hormone est sélective pour les chicorées. Elle n’est pas suffisante seule pour contrôler toutes les adventices et doit donc être utilisées en séquence avec d’autres produits”.
Lutte contre les repousses de chicorées en céréales
La chicorée est une plante bisannuelle. Après la récolte, les bris des racines ont donc naturellement tendance à repousser. Dans la rotation, la chicorée étant souvent suivie d’une céréale d’hiver, il apparaît nécessaire de détruire ces repousses et surtout d’éviter qu’elles en produisent des semences viables. En effet, les nouvelles variétés de chicorées sont tolérantes aux sulfonylurées (ALS). “Il faut éviter la multiplication des chicorées ALS, car elles sont tolérantes à beaucoup d’herbicides utilisés en agriculture”. Leur propagation non contrôlée peut donc s’avérer problématique. De plus, “les repousses provoquent une concurrence pour les ressources avec la céréale et ont aussi un effet d’augmentation de la teneur en humidité de la récolte”.
Par le passé, les repousses de chicorées pouvaient être contrôlées facilement avec le metsulfuron-méthyle. “Désormais, les doses de Matrigon (clopyralid) utilisées en céréales sont trop faibles pour lutter contre ces repousses. Il est donc nécessaire d’associer Matrigon avec MCPA et l’Actirob (huile de colza estérifiée)”. Cette association de deux herbicides doit être positionnée au bon moment pour avoir un effet sur les repousses, qui lèvent de façon échelonnées. “Globalement, ce sont les levées précoces qui sont les plus préjudiciables, car elles peuvent produire des semences viables, et donc amplifier le problème. Avec une application des herbicides au bon moment, les chicorées ne montent pas en graines”.

Désherbage du colza
En ce qui concerne le colza, Corteva Agriscience propose depuis l’année dernière l’herbicide Ladiva. Formulé à base de trois auxines (aminopyralide, halauxifène-méthyl et picloram), il a un effet foliaire systémique et racinaire. “Il permet d’éliminer les adventices difficiles comme les coquelicots, gaillets, pensées sauvages, bleuet, camomille et les géraniums. Son avantage est qu’il s’applique sur un colza déjà implanté, alors que traditionnellement, il fallait miser sur la pré-émergence, sans savoir si le colza allait se développer ou allait être détruit par les ravageurs”. Il fallait donc investir de l’argent, sans savoir si la culture allait rester en place ou non. Avec Ladiva, le désherbage se fait en post-émergence depuis le stade de deux feuilles étalées (BBCH 12-19).
Désherbage et protection fongicide des céréales
En céréales, Corteva Agriscience propose Eledura. Il s’agit d’une formulation composée de diflufénican, halauxifène-méthyl, prosulfocarbe et cloquintocet-mexyl. “Eledura s’utilise en automne, dès que la première feuille sort du coléoptile. C’est donc une application en post-émergence précoce. Avec le retrait prochain du flufénacet, il sera nécessaire d’utiliser d’autres molécules pour le désherbage. Il faudra donc adapter ses pratiques en effectuant à la fois une pré-émergence et une post-émergence précoce. Par contre, l’efficacité des solutions de printemps sur graminées se sont érodées avec le temps, c’est pourquoi il est important de miser sur le désherbage d’automne”.
De plus, les céréales sont aussi confrontées aux maladies fongiques. Certaines souches de septoriose peuvent se montrer résistantes aux fongicides et provoquer des pertes de rendement en céréales. “Le fenpicoxamide a un effet préventif sur les rouilles et curatif sur la septoriose. Appliquée à la dernière feuille ou de manière plus précoce, elle donne de bons résultats sur le complexe des maladies du feuillage et procure des rendements similaires aux références à base de SDHI ».
Informations données à titre indicatif. Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée. Consultez toujours les conditions d’utilisation sur le site Phytoweb avant d’appliquer tout produit phytopharmaceutique et respectez toutes ces conditions même si les étiquettes des produits présents sur le marché ne sont pas encore adaptées à ces nouvelles dispositions. Les distributeurs et conseillers sont priés de fournir les informations mises à jour aux utilisateurs.
Texte et illustrations : Antoine Van Houtte

