Les parcelles de colza approchent de la récolte, et les températures exceptionnellement chaudes de ces derniers jours devraient accélérer la maturité. C’est donc le bon moment pour faire un point sur les principaux leviers à maîtriser afin d’optimiser la récolte du colza.
La réussite de la récolte du colza commence par le choix de la bonne date d’intervention. Récolter trop tôt comme trop tard peut entraîner des pertes significatives. L’objectif est donc de viser le stade de maturité optimale de la culture, un exercice qui n’est pas toujours simple quand la maturité des siliques est hétérogène au sein d’une même parcelle.
Récolter au bon moment : un compromis entre rendement et sécurité
Les conditions parfois difficiles lors de l’entrée en floraison ont pu provoquer des décalages de développement entre les premières siliques formées et les siliques plus basses, souvent les plus productives. Il conviendra d’observer attentivement les parcelles pour choisir le créneau le plus adapté.
Pour déterminer si le colza est prêt à être récolté, il faut observer plusieurs indicateurs :
- Les graines ont atteint leur maturité physiologique et présentent une humidité d’environ 9 %.
- Les siliques ont des enveloppes matures, de couleur brun clair, avec une humidité proche de 10 % (à observer particulièrement sur les siliques les plus basses)
- Les tiges vertes représentent moins de 20 % de la végétation
À noter : les siliques et les graines atteignent généralement leur maturité plus rapidement que les tiges. La meilleure tolérance au phoma des variétés actuelles couplée à une protection fongicide efficace (sclérotinia et oïdium), tend en effet à retarder la dessication des tiges (surtout en sols profonds).
Jouer sur la hauteur de coupe pour limiter l’humidité
La hauteur de coupe peut également être un levier intéressant pour diminuer l’humidité des pailles, en limitant le volume de tiges dans la batteuse.
En situation classique, les siliques se situent au-delà de 70-80 cm sur la tige. Il n’est donc pas utile de couper plus bas. Attention cependant à certaines situations de colzas particulièrement courts cette année.
La hauteur de coupe est correcte si les insertions des premières ramifications apparaissent sur les chaumes.

Récolter trop tôt : un risque pour le rendement
Une récolte trop précoce peut entraîner des pertes de rendement significatives. Lorsque certaines siliques n’ont pas encore atteint leur pleine maturité, elles sont plus difficiles à battre, ce qui peut entraîner des pertes importantes à l’arrière de la batteuse, pouvant atteindre jusqu’à 4 q/ha dans les situations les plus défavorables. Par ailleurs, les résidus encore verts augmentent l’humidité de la récolte et peuvent compliquer le triage.
Récolter trop tard : un risque pour les pertes au champ
À l’inverse, retarder la récolte au-delà du stade optimal peut exposer davantage le colza aux aléas climatiques. Vent, orages ou épisodes de grêle sont susceptibles de provoquer l’égrenage des siliques et d’entraîner des pertes de graines avant le passage de la moissonneuse-batteuse. Toutefois, les progrès génétiques réalisés ces dernières années ont permis d’améliorer significativement la résistance des variétés à l’égrenage, limitant ainsi ce risque par rapport au passé. Si une récolte trop tardive reste à éviter, cette évolution ne doit pas conduire à intervenir prématurément.
L’objectif est donc de trouver le bon compromis. Laisser le temps aux dernières siliques d’atteindre leur maturité tout en limitant l’exposition de la culture aux risques climatiques.
Fauchage-Andainage du colza : à réserver à certaines situations
Le fauchage-andainage du colza ne se justifie que dans des contextes bien spécifiques où la récolte directe devient difficile à sécuriser. Il peut être envisagé dans les régions ventées ou très exposées aux orages, notamment lorsque les parcelles présentent une faible densité ou un état sanitaire dégradé en fin de cycle. Cette option peut aussi se poser en cas de fortes hétérogénéités de maturité au sein de la parcelle, ou lorsque l’enherbement devient trop important et perturbe la récolte. Elle concerne également les situations de colzas associés avec des plantes compagnes non détruites par le gel ou un herbicide ciblé, qui compliquent fortement la maturation homogène.

Enfin, elle peut être pertinente sur des variétés historiquement sensibles à l’égrenage, même si ce cas est devenu rare avec les variétés actuelles. Cette pratique impliquant le coût d’un passage supplémentaire, elle doit être soigneusement mise en perspective dans le contexte actuel des prix de l’énergie.
Un équipement adapté, et bien réglé

Le colza demande des réglages précis de la moissonneuse, la graine étant légère et facilement sujette aux pertes arrière.
- Ventilation : point critique. La graine étant très légère, le ventilateur doit être réglé au minimum, autour de 450 à 500 tours/min, pour éviter les pertes par aspiration.
- Alimentation de la coupe : prévoir un espace de 4 à 5 cm entre les spires de la vis et le fond de coupe, afin de gérer le volume important de végétation, surtout sans rallonge de coupe. L’idéal étant de pouvoir bénéficier d’une coupe “rallongée” adaptée au colza qui réduit significativement les pertes avant.
- Rabatteurs : Ils doivent être relevés au maximum et simplement accompagner la végétation sans agresser les siliques, au risque de favoriser l’égrenage.
- Battage : vitesse la plus faible possible, autour de 600 à 650 tours/min, pour préserver la graine. Une récolte trop humide ou immature peut toutefois obliger à augmenter la vitesse, avec plus de pertes à la clé.
Texte : Terres Inovia
Illustrations : Terres Inovia et Claas

