La santé de la mamelle n’a longtemps jamais posé de problème sur l’exploitation laitière néerlandaise de Berdien Woldring-Stoel et de son mari Harmen à Kampen (province d’Overijssel). Jusqu’à l’été 2024, lorsque leurs vaches laitières ont présenté d’étranges lésions aux trayons et que le taux cellulaire a fortement augmenté. Comment cela a-t-il pu arriver, et surtout, comment y remédier ? Une approche intégrée de la santé de la mamelle s’est révélée être la solution.
« Le taux cellulaire était toujours bas sur notre exploitation », se souvient l’éleveuse laitière Berdien Woldring. « Il se situait toujours autour de cent et nous recevions même une prime de qualité. Nous tarissions les vaches lorsque la production passait sous les douze litres, presque toujours sans utiliser de médicaments. Par ailleurs, notre protocole de tarissement n’avait rien de particulier. Nous n’aurions jamais pensé que la santé de la mamelle deviendrait un tel défi chez nous. »
Changements
Auparavant, Woldring travaillait en société avec son frère et ses parents. La traite se faisait dans une salle de traite côte à côte deux fois douze postes. Mais son frère a déménagé et ses parents ont pris du recul dans l’exploitation. Les tâches quotidiennes lui sont alors revenues en grande partie. L’éleveuse explique : « Je suis une véritable passionnée des vaches et j’aime voir moi-même comment vont les animaux, donc travailler avec plusieurs trayeurs ne me convenait pas. Nous avons donc opté pour des robots de traite, installés sur l’exploitation en mai 2023. »
Les vaches n’ont toutefois pas immédiatement adhéré à cette décision, car elles entraient difficilement dans l’installation (provisoire) durant les premiers mois. Entre-temps, la production laitière est restée stable, mais le taux cellulaire a augmenté. Au printemps suivant, en mars 2024, les robots ont été installés à leur emplacement définitif. Pourtant, la santé de la mamelle ne s’améliorait pas vraiment. En été, la situation s’est même aggravée.
« Nous n’arrivions pas à identifier la cause et la situation ne faisait qu’empirer. Beaucoup de trayons présentaient des lésions étranges, semblables à des griffures de chat, parfois très sévères et à différents endroits. Plusieurs vaches avaient aussi des lésions sur la partie supérieure des trayons. Une vache a même perdu un trayon. La production laitière restait correcte, mais le taux cellulaire était extrêmement élevé. À deux reprises, le tank à lait affichait un taux cellulaire supérieur à quatre cents. Tout semblait être parfaitement en ordre, mais rien ne fonctionnait. Nous étions presque à bout. »
Plusieurs intervenants se sont rendus sur l’exploitation, sans réussir à identifier la cause du problème. Un conseiller a par exemple suggéré de rajeunir le troupeau. « Réformer les vaches (plus âgées) a toujours été pour moi hors de question. Nous visons justement un troupeau âgé et en bonne santé. Mais à un moment donné, nous ne savions plus quoi faire, et nous avons même envisagé cette option. »

Liste de points d’attention
L’éleveuse a ensuite trouvé en Aliena van der Hout, spécialiste bovins chez Heemskerk Dairy, la bonne une interlocutrice pour analyser l’exploitation avec un regard global et identifier la cause du problème. La santé de la mamelle concerne en effet l’ensemble de l’exploitation.
Outre l’analyse des données, comme le taux cellulaire, la gestion, le logement, l’alimentation et les pratiques quotidiennes ont été analysées. « En fin de compte, les problèmes de santé de la mamelle sont liés à deux aspects : une résistance diminuée des vaches et une forte pression infectieuse. La baisse de résistance peut par exemple être due à des lésions des trayons ou à l’alimentation. À l’inverse, on limite la pression infectieuse grâce à l’hygiène de l’exploitation, notamment les protocoles de traite et l’hygiène des logettes. En dressant un tableau de l’exploitation et en réalisant une analyse des risques, on peut aborder la santé de la mamelle de manière intégrée. »
« Nos logettes profondes avec séparation du fumier sont souvent pointées du doigt en matière de santé de la mamelle. Pourtant, nous les utilisons depuis plus de quinze ans sans problème. Pour exclure cette piste, nous avons testé un produit à base de chaux, mais sans effet, comme prévu. »
Elles ont également analysé la qualité des ensilages, car un taux élevé de mycotoxines peut affaiblir la résistance. L’âge du troupeau a aussi été examiné, sans corrélation directe avec la santé de la mamelle : des vaches de différents âges étaient touchées.
« Beaucoup de personnes ont tendance à se concentrer sur un seul aspect, mais nous avons analysé toute l’exploitation ensemble. J’ai beaucoup apprécié le regard ouvert d’Aliena. Parfois, c’est nécessaire pour que les pièces du puzzle s’assemblent. Et il ne s’agissait pas de dire “voici la solution, débrouillez-vous”. Nous avons cherché ensemble l’approche la plus adaptée à mon exploitation. »

Combinaison de facteurs
Quelle a donc été la cause de ce bouleversement ? « Nous ne le savons pas précisément. C’est une combinaison de plusieurs facteurs, mais les manchons trayeurs n’étaient, en tout cas, pas adaptés. Nous avons aussi affiné les réglages des robots de traite et augmenté la fréquence de nettoyage des brosses, désormais trois à quatre fois par semaine. »
L’éleveuse utilise également un spray de soin supplémentaire pour protéger les trayons. Cela permet à la peau des trayons de se réparer, de rester souple et en bonne santé. Elle utilisait déjà des produits de trempage de Heemskerk Dairy, mais cela n’était plus possible avec les robots.
D’autres conseillers lui avaient recommandé un produit à forte action antibactérienne, mais elle a choisi un spray plus nourrissant, sur base de la confiance accordée aux conseillers. « La peau du trayon est la première barrière physique contre les agents pathogènes et les mammites », explique Kuiper. « Il est essentiel qu’elle soit en bon état. Le produit le plus adapté varie selon l’exploitation. Ici, un spray nourrissant fonctionne bien, mais ailleurs, un produit plus antibactérien peut être préférable. »
Retour au calme
Cette approche a rapidement porté ses fruits. À l’automne 2024, quelques mois après le point bas, le taux cellulaire est redescendu à cent cinquante. Et à l’été 2025, le nombre de nouvelles infections est faible. « Ce fut une longue recherche, et nous voulons encore progresser », explique l’éleveuse. « Aujourd’hui, nous tarissons encore toutes les vaches éligibles avec des antibiotiques, alors qu’auparavant, seules six vaches par an étaient traitées. Nous aimerions revenir à cette situation. Le taux cellulaire peut encore diminuer, mais dans l’ensemble, nous sommes très satisfaits de l’évolution. »
Grâce à la résolution du problème, aucune vache n’a dû être réformée à cause d’un taux cellulaire élevé. L’objectif d’un troupeau âgé et en bonne santé a été maintenu, avec un faible taux de renouvellement et un âge moyen visé de six ans.
Actuellement, l’âge moyen est d’environ cinq ans et dix mois, avec quinze génisses élevées par an pour cent dix vaches laitières. L’éleveuse dispose aussi de plus de temps pour d’autres activités.
Les vaches reçoivent, en plus du pâturage, de l’herbe fraîche, de l’ensilage d’herbe et de maïs à l’auge. La production laitière est satisfaisante : en moyenne, une vache produit dix mille neuf cent cinquante kilogrammes par an, avec 4,43 % de matière grasse et 3,72 % de protéines.

Texte et illustrations : Kim Sjoers

