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Le CRA-W expérimente les cultures de blé dur et de soja comme solution face au changement climatique 

Céréales Nouvelle culture Protéagineux Visite d'essais 9 septembre 2026

En Wallonie, le changement climatique se traduira à moyen terme par une hausse des températures et une modification des régimes pluviométriques. Face à cette évolution, il devient nécessaire d’envisager des modes de production et des cultures mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques. Le blé dur et le soja pourraient notamment constituer une partie de la réponse. 

Le Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W) recherche des cultures émergentes qui contribuent à la diversification des filières et des assolements. “La distribution régulière des précipitations tout au long de l’année devrait être remplacée par une plus forte concentration des pluies en automne et en hiver. À l’inverse, le printemps et l’été risquent de devenir de plus en plus secs. Durant ces deux saisons, la baisse de la pluviométrie devrait également s’accompagner d’un accroissement de l’ensoleillement. Une solution est donc de se tourner vers des modes de production ou des cultures mieux adaptées à l’évolution du contexte climatique”, explique le centre. En effet, certaines espèces, comme le blé dur ou le soja, autrefois impossibles à cultiver sous nos latitudes, semblent désormais de plus en plus adaptées au climat de nos régions.

De nouvelles cultures suite au changement climatique

Le Centre wallon de Recherches agronomiques travaille depuis 2019 sur le blé dur et le tournesol. En 2022, le soja s’est ajouté aux nouvelles cultures testées. “Ces cultures deviennent intéressantes suite au changement climatique qui va vers une tendance plus chaude… On remarque que c’est déjà maintenant alors qu’au lancement du projet, c’était attendu plus tard”, nous explique d’emblée Walter Rodrigo Meza Morales. Ce dernier poursuit : “Les hivers seront plus doux et humides avec moins de gel. Les printemps seront plus précoces, tandis que les risques de gel tardifs resteront présents. On remarque aussi des alternances entre des périodes sèches et humides, combinées avec de grandes amplitudes thermiques. Une période de stress hydrique en été n’est pas à exclure”. 

Ce constat a un impact direct sur les cycles des végétaux et des insectes, c’est pourquoi il apparaît nécessaire de s’adapter. “Le blé dur est une culture déjà présente dans le bassin méditerranéen. Le soja et le tournesol sont, quant à eux, aussi présents dans les pays de l’est. Un décalage de la zone de production vers chez nous est actuellement envisageable. Le succès de ces cultures dépend surtout des variétés, qui doivent être adaptées à nos conditions climatiques”. 

Le blé dur en Wallonie

La culture du blé dur occupe déjà une place importante sur notre continent. Les quatre plus gros producteurs européens sont actuellement, par ordre d’importance l’Italie, l’Espagne, la France et la Grèce. Le blé dur est une céréale qui, contrairement au froment, supporte mal les hivers froids et les étés humides du nord de l’Europe. Or, sous l’effet du changement climatique, les bassins de production du blé dur, actuellement localisés dans le sud de l’Europe, migreront progressivement vers des régions situées plus au nord. 

Pour pouvoir être valorisé en alimentation humaine, le blé dur produit en Wallonie doit répondre à toute une série de critères dits « technologiques ». Le premier est la teneur en protéines du grain. Elle confère aux grains des propriétés intéressantes recherchées par les transformateurs. En effet, les pâtes de bonne qualité qui conservent leur aspect après la cuisson et qui offrent une consistance à la fois ferme et élastique sous la dent sont généralement fabriquées avec des grains qui affichent une teneur en protéines élevées. 

Une amande vitreuse 

Le principal critère qui différencie un blé tendre (Triticum aestivum aestivum) d’un blé dur (Triticum turgidum durum) est le cœur de l’amande des grains. “Pour le blé dur, c’est vitreux et dur. Cela produit de la semoule qui entre dans la fabrication des pâtes”. Cette plante est donc destinée à être utilisée en alimentation humaine, ce qui en fait une culture à haute valeur ajoutée. “Après la récolte, le grain est broyé pour produire de la semoule. Celle-ci est ensuite utilisée comme ingrédient principal pour la fabrication de pâtes, du couscous et du boulgour”.

Au niveau morphologique, un blé dur est toujours barbu. Il produit moins de talles qu’un froment classique, à savoir souvent trois tiges par plante. À part sur ces critères, il ressemble fortement au blé tendre. Néanmoins, un blé dur est plus sensible à la verse. “Les racines sont plus verticales, ce qui lui donne une moins bonne assise que le blé tendre”. De plus, les variétés sont, en général, moins sensibles aux maladies foliaires, mais plus sensibles aux maladies des pieds et des épis.

Screening variétal

Depuis quelques années, le CRA-W a mené des essais dont le but est de réaliser un screening des différentes variétés disponibles. “Nous souhaitons trouver des variétés adaptées à nos conditions. Elles doivent résister au froid. Ce sont surtout l’Allemagne et l’Autriche qui investissent dans de tels cultivars […]. Nous testons principalement des génétiques d’origine française, allemande et autrichienne. Nous sommes au carrefour de ces trois pays”. À côté de cette tolérance au froid, d’autres critères entrent en compte, dont la teneur en protéines qui doit être supérieure à 13,5 %. Les sélectionneurs recherchent également une bonne résistance à la verse et une bonne tolérance aux maladies.

Parmi les variétés intéressantes pour les conditions climatiques wallonnes, le CRA-W en a retenu trois. Il s’agit de Anvergur, Rocaillou et Wintersonne. Ces trois variétés sont disponibles via la SCAM qui propose aussi des contrats aux agriculteurs, dans une optique de valorisation en circuit court.

“Anvergur est la variété de blé dur la plus implantée en France. Elle est précoce à l’épiaison, de taille moyenne est assez tolérante à la verse. Elle a une bonne résistance aux maladies, notamment face à la rouille jaune. Sa tolérance au froid est moyenne”.

De son côté, “Rocaillou a un bon rendement, une bonne teneur en protéines et est précoce à l’épiaison. D’une manière générale, elle a une bonne tolérance envers les maladies foliaires, mais a une faiblesse concernant la rouille jaune”. Elle présente des rendements réguliers d’année en année. Elle est de taille moyenne et est relativement tolérante à la verse. 

La troisième variété recommandée est Wintersonne qui est productive et tolérante à la verse. “Par contre, elle est sensibles à la rouille jaune et à la septoriose. Elle présente une très bonne tolérance au froid. Ses rendements sont élevés et, lors des années favorables, sont au-dessus de la moyenne des témoins”.

Nécessité d’une bonne valorisation économique

Le rendement du blé dur est de 20 % inférieur à celui du blé tendre fourrager. “Le rendement est similaire à du froment panifiable”. C’est pourquoi, la valorisation économique doit être plus importante pour garantir la rentabilité de la culture. “Il y a des intérêts de la part de l’industrie et des circuits courts. Les amorces sont présentes mais la filière doit encore se structurer. Il est envisagé d’augmenter progressivement la proportion de blé dur dans les rotations belges. D’ici 2027, 1 000 T de blé dur pourraient être valorisées en Belgique”.

Valorisation en alimentation humaine

Parmi les principaux défis liés à cette culture figurent, outre la valorisation, le risque de développement de mycotoxines, la verse et le mitadinage.

Le mitadinage est le processus physiologique par lequel l’amande du grain devient opaque et farineuse. Celui-ci se produit lorsqu’on observe des précipitations durant la semaine qui précède la moisson. Les conditions météorologiques ont donc une influence prépondérante sur ce processus même si une teneur en protéines élevées permet de limiter le risque de mitadinage. “Pour éviter le mitadinage, il faut récolter le grain à une humidité de 18 % quand la plante est à maturité physiologique. Il faut ensuite le sécher”. Les industries de transformation cherchent à avoir une matière première dont la valeur pour ce paramètre ne dépasse pas les 20-25 % afin de ne pas pénaliser leur rendement en semoule. En effet, les grains mitadinés sont moins durs et leur broyage produit de la farine à la place de la semoule. 

Comme cette culture est destinée à l’alimentation humaine, elle se doit d’être saine et exempte de mycotoxines. Dans les assolements, il est donc préférable d’éviter d’implanter un blé dur après du maïs (pour éviter le développement de fusariose) ainsi qu’après une autre céréale (pour éviter le développement des maladies du pied). Concernant la protection de la culture, il y a désormais plusieurs produits autorisés pour le blé dur. “D’un point de vue phytotechnique, il est possible de protéger efficacement la culture avec les molécules autorisées”.

En ce qui concerne la fertilisation, les recherches ont montré que l’apport optimum se situe entre 180 et 200 uN/ha. Cela permet d’obtenir à la fois un grain de qualité et un rendement optimal. Cette dose est à fractionner en trois, voire quatre apports. De plus, les chercheurs ont remarqué que l’ajout d’une quatrième fraction à l’épiaison favorise la production de protéines.

Une culture techniquement possible

Plusieurs années d’expérimentation en plein champ ont progressivement permis de lever les freins techniques. Il est désormais techniquement possible de produire un blé dur de qualité en Wallonie et qui est valorisable en alimentation humaine dans le cadre de la production de pâtes. “En optant pour une variété adaptée, il est tout à fait possible de cultiver du blé dur en Région wallonne et de produire un grain de qualité valorisable en alimentation humaine”. Néanmoins, “l’absence de marché reste préjudiciable pour le développement d’une filière structurée autour du blé dur. En effet, à l’exception de quelques initiatives locales, le manque de débouchés ne permet pas d’augmenter le nombre d’hectares emblavés avec du blé dur.”

La culture du soja

Le soja, appelé scientifiquement Glycine max, est une plante qui appartient à la famille des Fabacées. Sa culture joue un rôle important dans l’agriculture mondiale, notamment grâce à son caractère oléo-protéagineux. En effet, sa graine, très riche en huile (18 à 22 %), possède également une teneur très élevée en protéines (35-45 %), sans oublier les divers acides aminés essentiels qu’elle contient. Ces différents arguments font d’elle une culture largement utilisée non seulement dans l’alimentation animale (tourteau de soja, graine de soja), mais aussi au niveau de l’alimentation humaine (tofu, lait de soja, huile) et de l’industrie agroalimentaire.

Les graines de soja sont très riches en huile et en protéines.

Une culture agronomiquement intéressante

Le soja présente également un intérêt agronomique important. En effet, il est apprécié pour sa capacité à enrichir naturellement le sol en azote grâce à une association avec des bactéries rhizobiennes présentes au niveau de son système racinaire. Cette symbiose lui permet de fixer l’azote atmosphérique et de le restituer à la plante tout au long de la saison culturale. Ceci contribue à améliorer la fertilité des sols et à limiter l’utilisation d’engrais chimiques. 

Par contre, il est nécessaire d’inoculer les semences quand on sème un soja pour la première fois sur une parcelle. “Par rapport à des semences non inoculées, l’inoculation permet d’obtenir un gain de rendement et une plus forte teneur en protéines […]. Certaines bactéries naturellement présentes dans les sols peuvent servir d’inoculum endémique […]. Pour favoriser un bon développement des nodosités, il faut limiter la fertilisation. S’il y a déjà de l’azote en présence, la culture est fainéante et ne va alors pas créer d’association symbiotique”, explique Lucas Villé, chercheur au CRA-W.

Eau et chaleur

De plus, cette plante a besoin de chaleur et d’eau. “Elle souffre moins des coups de chaud que les pois, car sa floraison est plus longue et s’étale sur deux mois. Chez le soja, les stress hydriques ont un impact sur le remplissage des gousses… Mais, c’est plus le froid qui est problématique”. Et cette culture ne connaît que peu de problèmes liés aux dégâts de ravageurs ou au développement de maladies. Pour le désherbage, un semis avec un monograine selon un inter-rang compris entre 30 et 45 cm permet d’intervenir de manière mécanique. “Le désherbage chimique est aussi possible et les herbicides autorisés sont efficaces”.

Le Centre wallon de Recherches agronomiques a réalisé différents tests de culture depuis 2022. Pour le moment, les essais protégés affichent des rendements de 3,5 à 5,5 t/ha. En conditions de plein champ, les rendements tournent autour de 3 à 4 t/ha. “Pour le futur, l’amélioration variétale est encore possible avec de forts gains de rendements probables. Les sélectionneurs cherchent à développer des variétés adaptées au climat belge. En plus du rendement, les autres critères variétaux recherchés sont la teneur en protéines, en acides aminés essentiels, la résistance à la verse, la hauteur de la plante et de la première gousse et la floraison”.

Les rendements moyens observés chez nous sont de 3 à 4 t/ha.

Préserver la durabilité des exploitations

Ses nombreux avantages font aujourd’hui du soja l’une des cultures les plus produites et les plus échangées au monde. Dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain, marqué par la hausse continue des prix de l’énergie, du pétrole et des engrais, l’agriculture belge doit faire face à de nombreux défis non seulement économiques mais aussi environnementaux. Face à ces changements, il devient nécessaire d’adapter les systèmes de culture afin de préserver la rentabilité et la durabilité des exploitations agricoles. 

Dans cette perspective, la culture du soja apparaît comme une alternative particulièrement intéressante, tant pour réduire la dépendance aux intrants azotés grâce à sa capacité de fixation de l’azote, que pour diversifier les cultures et mieux répondre aux nouvelles conditions climatiques. Elle constitue également une alternative intéressante pour varier et allonger les rotations de nos cultures. Néanmoins, le principal frein est l’actuelle absence de débouchés pour une valorisation en Belgique.

Le soja est une alternative intéressante pour réduire la dépendance aux intrants azotés.

Texte : Centre wallon de Recherches agronomiques et Antoine Van Houtte · Illustrations : Antoine Van Houtte

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